Ré-ouverture du Marineland, Volume 3 : Arnaud Palu, bye-bye Dubaï, Marineland aïe !

Article rédigé en collaboration avec Isabelle Van Der Wende

Photo France Bleu Azur
Photo France Bleu Azur

  Le 18 Mars 2016, 3 jours avant la ré-ouverture officielle du Marineland d’Antibes, après 6 mois de fermeture forcée due aux inondations, France Bleu Azur consacrait une matinée spéciale au parc, avec les interviews de Jon Kershaw (directeur animalier), Isabelle Brasseur (responsable pédagogique) et Arnaud Palu (directeur).

  Voici l’analyse du dernier interview, celui de Arnaud Palu, à 7h50.

Le podcast de France Bleu

Nicolas Merou / Valentin Dunat

Animateurs : Il est 7h53, on poursuit cette matinée spéciale en direct de Marineland, et David Di Giacomo, vous êtes à présent aux côtés d’Arnaud Palu, le nouveau directeur de Marineland.

David Di Giacomo : Exactement. Bonjour Arnaud Palu.

Arnaud Palu : Bonjour !

DDG : Merci de nous accueillir dans votre parc, qui rouvre dans 3 jours, après 6 mois de travaux, hein, suite à ces inondations meurtrières du 3 octobre dernier. Il a fallu beaucoup de moyens pour pouvoir rouvrir, 6 mois après ?

AP : Surtout beaucoup de courage, beaucoup de volonté (1). Effectivement, ces évènements du 3 octobre ont été terribles… On aura pas eu trop de ces 6 mois pour travailler… et pour mobiliser tout le monde (2). Donc il y a eu un effort énorme de fait et… effectivement surtout je dirais un effort émotionnel, parce qu’il a fallu se relever, on revient de très très loin (3), mais ça nous amène aujourd’hui au 21 mars, avec toute la concentration qu’on peut se faire sur cette date-là. C’est un beau moment pour nous, c’est une célébration en fait.(4)

(1). L’entreprise n’avait surtout pas le choix. Assaillie de toutes parts par les critiques (y compris dans les médias), qui ont suivi les images tragiques des animaux en détresse pataugeant dans une eau boueuse et la nouvelle de la mort de l’orque vedette,Valentin, c’est 6 mois de recettes qui ont été perdus, même si la fermeture forcée est intervenue pendant la saison creuse d’hiver. Sans compter les pertes financières dues aux dégâts matériels (« plusieurs millions d’euros » selon la direction du parc à l’époque) et la mort de plusieurs animaux.
L’ancien directeur, Bernard Giampaolo, a également été »muté », sans doute en partie à cause des remous médiatiques que ses déclarations méprisantes à l’égard des militants anti-captivité ont provoqués. Il a laissé la place, en janvier (soit moins de 3 mois avant la ré-ouverture) à Arnaud Palu.

(2). Des « dizaines de pompiers » ont effectivement été mobilisés pendant de longues semaines pour aider les employés du Marineland à retrouver les animaux balayés par la vague, nettoyer les bassins de leurs débris dangereux, et des boues présentes dans l’eau (hydrocarbures, débordement d’égouts et de fosses septiques…), et enfin pomper l’eau qui avait rempli les locaux techniques.
L’aide apportée par des fonds publics au parc pour pallier ses propres manquements (notamment l’absence de groupe électrogène de secours) a donc été très importante, en terme d’hommes et de matériel.
Par contre, malgré l’appel au bénévolat lancé par le parc sur certaines radios locales, il semblerait que la majorité des volontaires ait été refoulée à l’entrée du parc, qui a longtemps gardé ses portes farouchement closes. Bien évidemment, les associations de protection animale, bien décidées à mettre leur combat contre le Marineland de côté devant l’urgence de venir en aide aux animaux, ont également vu leurs propositions d’aide refusées.

(3). Effectivement, le parc a été ravagé à 90% par la vague, l’orque vedette Valentin est morte, et, au moins pendant les quelques semaines qui ont suivi, tous les médias ont clairement critiqué le parc, prouvant que l’opinion publique au sujet des delphinariums était en train de changer.
(Synthèse détaillée de tous les événements médiatiques ICI)
Le parc a dû aussi faire face à de graves accusations de pollution de l’environnement par l’eau de pompage des bassins, souillée par les hydrocarbures et le chlore, qu’il a rejetée dans la rivière toute proche, en toute illégalité, pendant une longue période.
Enfin, SeaWorld a annoncé la réforme des spectacles de son parc californien puis, en mars, l’arrêt du programme de reproduction de ses orques.

(4). On peut aisément comprendre que le nouveau directeur du Marineland d’Antibes se réjouisse de la ré-ouverture du parc. Entre les coûts des réparations et des rénovations, la création du nouvelle bande-son originale, un hôtel flambant neuf (à peine construit, déjà abimé par les inondations) à amortir, et 6 mois de fermeture forcée, les visiteurs-payeurs ne peuvent être attendus qu’avec impatience.

DDG : Allez, qui dit nouveau directeur, dit nouvelle politique. Alors ce parc Marineland, il a changé ? Qu’est-ce qu’on peut dire ce matin, il va changer ?

AP : On a… Les missions qui heu… dont Marineland a été investi  déjà depuis très longtemps sont toujours d’actualité.(5) Les missions de recherche, de sensibilisation, de conservation, et ça c’est sous l’influx de Roland de la Poype.(6) Donc ces missions-là sont toujours d’actualité. Ce qu’on rajoute, et le point sur lequel on insiste beaucoup, c’est plutôt le côté pédagogique. (7) En fait, notre rêve, il est tout simplement basé sur : faire en sorte que, lorsque les gens vont venir nous visiter, ils vont repartir avec… une connaissance, un souvenir, ou en tout cas, on l’espère un peu plus même, une émotion en plus.(8)

(5). Marineland n’a « été investi » d’aucune mission, par aucune instance (ni gouvernementale, ni CNRS… ). Il s’agit tout simplement d’une entreprise privée soumise à la réglementation des parcs zoologiques. Et si ces « missions » dont parlent le directeur sont toujours d’actualité, c’est parce que la loi, qui date de 1999, n’a pas changé à ce niveau-là.

(6). Roland de la Poype, un gros industriel du plastique fondateur et propriétaire du Marineland d’Antibes jusqu’en 2006, n’a fait que se plier à la réglementation qui impose donc, depuis plus de 15 ans, aux parcs zoologiques des missions de sensibilisation et de conservation…

(7). … ainsi que de pédagogie et d’éducation du public ! Car la mission pédagogique, présentée ici comme un concept novateur et choisi par le Marineland, n’a en réalité rien de nouveau. Seulement, c’est précisément ce manque de pédagogie qui est depuis longtemps reproché au parc. Sa nouvelle stratégie de communication, qui met ce virage « pédagogique » en avant, est donc bien un aveu de lacunes à ce niveau.

(8). Arnaud Palu nous indique ici que s’il souhaite voir le public acquérir « une connaissance », garder « un souvenir » de la visite au parc, il espère avant tout que celle-ci provoquera « l’émotion ».
Il tenait le même genre de propos, dans une vidéo de la chaine promotionnelle du parc, Marineland TV. Il y annoncait que la pédagogie serait un « mot-clé (…) dans la période à venir »… pour indiquer tout de suite après, en premier lieu, que « les représentations sont basées beaucoup plus sur l’émotionnel. »
Une association de qualificatifs, pédagogie et émotion, pour le moins paradoxale et tout simplement hors-sujet. Même constatation concernant la description de la nouvelle bande-son des spectacles, qui appartient entièrement à l’unique champ lexical de l’émotion.

DDG : On a pu voir hier les spectacles, y’a toujours la musique, les orques font toujours à peu près la même chose pourtant, donc… où est le changement ? C’est que le soigneur se met en retrait, par exemple, c’est ça peut-être ?

AP : Oui, là, les soigneurs sont complètement, plutôt dans la coulisse… (9) La musique, bon, est beaucoup plus profonde, beaucoup plus théatrale. (10) On passe des messages, assis par une vidéo qui permet d’expliquer le comportement dans certaines situations. Comportement de chasse, une histoire (11), alors par exemple, le spectacle des dauphins, on remet dans le contexte de l’Antiquité , la relation que l’homme a avec le dauphin depuis des milliers d’années. (12) On parle aussi de la physiologie du dauphin, ça permet d’expliquer la puissance du sonar (13), les techniques de chasse, ce qui fait que le dauphin est un foooormidable prédateur dans son environnement ! Donc en fait, c’est cet esprit-là, on amène les gens à découvrir l’animal sous un angle un peu différent. (14)

(9). Il était effectivement question, à une période, d’entrainer les animaux à répondre à des ordres visibles sur écrans, donnés par les dresseurs en coulisses. Seulement, à part montrer une performance de dressage, cela ne rendait en rien les comportements spontanés. (Voir la vidéo promotionnelle du parc, dythirambique)
Rendre les dresseurs invisibles, ou supprimer leur propre chorégraphie en spectacle, non plus. Le millimétrage du spectacle est seulement plus discret, et Marineland fait passer l’obéissance des animaux aux ordres des dresseurs pour une manifestation spontanée qui correspond mieux à ses nouvelles stratégies de communication. Si la forme change pour un déguisement de « documentaire animalier », le fond reste le même.

(10). Le théatre est l’exact contraire d’un documentaire : c’est une mise en scène. Et c’est exactement ce qui s’est toujours passé dans les spectacles du Marineland d’Antibes. Mais au lieu de faire des pirouettes sur fond de tubes rock tonitruants ou de musiques pop à la mode, les animaux exécuteront les ordres des dresseurs accompagnés par une musique « beaucoup plus profonde », qui passe un vernis de sérieux sur les acrobaties clownesques des animaux.

(11). Il peut sembler en effet étrange d’avoir besoin d’une vidéo montrant des cétacés en liberté pour expliquer un spectacle des mêmes animaux en captivité, si ces animaux sont en fait en train d’exprimer un comportement naturel. Peut-on seulement parler de similitudes, devant des dauphins libres en train de chasser en groupe un banc de poisson (selon des techniques collaboratives très élaborées), et leurs congénères captifs  tapant dans un ballon en plastique sur ordre d’un humain, pour obtenir le coup de sifflet-récompense qui sera suivi d’un petit poisson congelé jeté directement dans le bec ?
dauphin ballon+chasse
Ou montrer des images d’orques pratiquant la chasse à l’échouage de phoques alors que son congénère captif ira sur ordre s’échouer sur une plateforme de béton, queue et rostre levés, restant de longues minutes immobile pour la photo, à côté des dresseurs hilares ?
orque soigneurs+chasse.jpg

Une histoire est par définition une fiction, l’opposé exact d’un documentaire. Et les spectacles de cétacés sont bien de pures fictions, de pures mises en scène, à mille lieues de la réalité de la vie quotidienne des cétacés libres.

(12). Dans l’Antiquité justement, les dauphins étaient tenus en haute estime, et considérés comme des divinités. Dans la mythologie grecque, ils sont qualifiés de « frères marins » : des hommes, sur le point de se noyer, furent changés en créatures marines par bienveillance du dieu Poséidon. Poséidon les accueillit dans son royaume sous-marin en leur donnant la mission de venir en aide aux marins perdus en mer. Par conséquent, c’était « offenser les dieux que de chasser les dauphins (…) car les dieux tiennent le massacre des monarques des profondeurs pour aussi exécrable que le meurtre d’un homme. » (Oppien de Corycos, Les Halieutiques, IIème siècle après J-C).
On imagine donc assez mal comment ce regard divin porté sur les dauphins, et leur statut de créatures sacrées, peut s’accorder avec la façon dont sont traités ces animaux dans les delphinariums.
De la même manière, les massacres en masse de dauphins, qui alimentent l’industrie des delphinariums, seraient jugés dans l’Antiquité pour ce qu’ils sont, pour « le peuple de la mer » : un holocauste pur et simple.

(13). Les cétacés utilisent le sonar (un système d’écho-localisation qui scanne leur environnement via le rebond contre les objets des ondes émises par leur melon, vers leur mâchoire) pour communiquer entre eux, mais aussi, et surtout, pour explorer leur environnement naturel gigantesque. L’utilité en bassin est extrêmement limitée, puisque l’environnement est toujours le même et qu’ils n’y chassent pas. Pire, l’utilisation du sonar leur est pénible et même douloureuse, puisque les ondes se répercutent sur les parois en béton des bassins exigus, tout comme les bruits émis pour communiquer entre occupants d’un même espace.
Leur ouïe très fine (10 fois celle de l’homme) est en outre soumise à la musique tonitruante des spectacles, au vacarme grondant de la foule, et aux bruits, incessants, des systèmes de filtration de l’eau des bassins.
(source) (source)

(14). « Un formidable prédateur dans son environnement [naturel] », oui. Mais certainement pas dans un environnement de captivité, dans les bassins tristement monotones et stériles, à exécuter des ordres sans utilité et justification pour lui, si ce n’est celle de se voir récompenser par une ration de poissons décongelés et remplis de médicaments. « Un angle un peu différent » effectivement, ou plutôt à l’exact opposé des images de dauphins évoluant librement dans leur milieu naturel, qui seront diffusées sur les écrans géants du parc pendant les spectacles.

DDG : Alors, alors que vous ouvrez, on a appris, c’est tombé hier soir cette nouvelle, que le groupe, le géant SeaWorld aux Etats-Unis va mettre un terme à la reproduction des orques en captivité. Est-ce que vous compter lui emboîter le pas, en faire de même pour Marineland ?

AP : Le débat est sur la table, déjà depuis longtemps. Il y a une prise de conscience, depuis de nombreuses années maintenant. Alors, les anti-captivités, effectivement, ont fait ça de leur fer de lance, mais le débat s’est engagé depuis très très longtemps (15). Donc SeaWorld a fait cette annonce effectivement hier, nous, on est dans la réflexion, on est…. (16)

(15). Arnaud Palu évoque une « prise de conscience ». Mais de quoi ? Et de la part de qui ?
Du côté des militants de la cause animale, cela fait effectivement bien longtemps que l’industrie de la captivité et des delphinariums, et par conséquence de leurs programmes d’élevage, sont fermement condamnés.
La prise de conscience (que la reproduction artificielle en captivité est contre-nature) est du côté de l’opinion publique, grâce notamment à la sortie en 2013 du documentaire Blackfish, et du « Blackfish Effect » qui a suivi, qui a amorcé la chute de SeaWorld aux USA, éclaboussant par la même occasion le Marineland d’Antibes, partenaire historique de la méga-compagnie américaine.
Du côté des delphinariums, la prise de conscience est, par conséquence, que leur business n’a plus les faveurs du public, le chiffre d’affaire et le ton critique des médias généralistes (auparavant favorables, sinon indifférents, aux delphinariums) en témoignent. Les inondations d’octobre 2015, avec la mort de l’orque vedette Valentin (quelques mois seulement après celle de sa mère Freya), et le flot de critiques qui a suivi, ont fini d’ouvrir la voie. Les delphinariums semblent également avoir pris conscience que la communication mensongère, tressant une trame idyllique autour des conditions de vie des animaux et niant en bloc les accusations portées par les opposants à la captivité, a bien du mal à tenir face à la mise en lumière de la réalité des coulisses des parcs, qui n’est à présent plus réservée à un public d’initiés déjà acquis à la cause des cétacés captifs. Et qu’un changement de stratégie de communication était indispensable et même urgent.

(16). Du côté de Jon Kershaw, en revanche, le discours est bien tranché (voir son propre interview sur France Bleu). L’arrêt des programmes de reproduction des orques, le directeur animalier du Marineland d’Antibes est contre.

DDG : Pas de décision prise ?

AP : Non, pas aujourd’hui. On arrive… donc on discute entre nous, c’est sur la table, on discute avec le groupe espagnol qui est derrière nous [Parques Reunidos, à qui appartient le Marineland d’Antibes]. C’est la raison pour laquelle le dialogue, plus que jamais, est de circonstance, parce qu’on doit échanger, et on doit comprendre. (17)

(17). Parques Reunidos, multi-nationale espagnole des parcs d’attractions, est propriétaire du Marineland d’Antibes et de huit autres parcs zoologiques, delphinariums et aquariums à travers le monde. Le groupe attend probablement de voir comment la situation publique et donc financière de SeaWorld va évoluer, après l’annonce de l’arrêt de la reproduction de leurs orques et la fin de leurs spectacles (Parques Reunidos possède deux delphinariums aux USA). Avant de choisir de leur emboîter le pas ou non, il est certain que la compagnie tient également à jauger de l’effet de cette annonce en France et en Europe, où elle ne possède pas moins de 5 delphinariums, dont le Marineland d’Antibes.

DDG : Vous comptez les rencontrer, bah toutes ces personnes qui s’opposent au parc, et qui annoncent déjà une manifestation pour le dimanche 27 avril…

AP : Mars.

DDG : … le dimanche 27 mars plutôt, alors que vous ouvrez à peine, quoi ?! (18)

AP : Oui effectivement ! Alors la difficulté à laquelle je suis confronté, c’est qu’il y a plusieurs organisations, avec plusieurs agendas, et plusieurs personnes, et plusieurs inquiétudes. Donc… oui, le débat doit s’engager, ça va être un travail de longue haleine, puisque oui, il va falloir que je rencontre plusieurs organisations, plusieurs personnes.(19)

(18). La manifestation étant contre la réouverture du parc, il était logique de la faire au moment de celle-ci. Les militants se battent pour la fermeture du Marineland d’Antibes, et leur combat redouble à la suite des inondations, car celles-ci ne sont qu’une énième preuve, tragiquement impressionnante, de toute l’absurdité et le danger qu’il y a à garder des animaux marins captifs sur la terre ferme.

(19). S’il existe effectivement plusieurs associations de défense des cétacés, des animaux en général, et de protection des océans qui luttent pour la cause des cétacés captifs, leurs revendications sont toutes les mêmes, et très claires : toutes demandent l’arrêt des spectacles, quels qu’ils soient, et des programmes de reproduction des animaux, ainsi que la fermeture du parc tant qu’il persistera à garder des animaux captifs, y compris ours blancs, manchots, requins, tortues et otaries. Elles demandent également que les animaux candidats à une réhabilitation en milieu naturel soient confiés aux spécialistes indépendants qui planchent actuellement sur des protocoles et des lieux pouvant accueillir ces opérations, et que les animaux qui ne pourraient pas être réhabilités soient placés dans des vastes sanctuaires en pleine mer, où ils pourraient passer tranquillement le reste de leur vie sans être contraints à des spectacles et des inséminations artificielles.

DDG : Alors qu’est-ce que vous répondez aux personnes qui maintenant, doutent du fait de conserver des orques, ou des ours polaires, en captivité ? Parce que c’est l’objet, notamment des plaintes pour maltraitances, de ce tout ce qui se passe, de toute la polémique autour de ça (20), qu’est-ce vous pouvez répondre ce matin ?

AP : On ne peut bien comprendre que ce que… l’on voit, on ne peut bien aimer que ce que l’on comprend (21). D’avoir des animaux comme des lions, comme des orang-outans… Y’a eu un travail phé-no-mé-nal, et d’ailleurs qui a mené à des lois, sur l’huile de palme par exemple. La compréhension de la manière dont les orang-outans ont été touchés a permis d’arriver uniquement parce que aussi les gens ont pu voir dans des zoos des orang-outans (22). Et c’est en les voyant que tout d’un coup l’on s’assimile à eux, et on comprend exactement la peine dans laquelle ils peuvent se trouver (23). C’est exactement la même chose pour les parcs marins, le fait de voir des dauphins en mouvement permet de mieux les comprendre, cela permet aussi de faire des sensibilisations (24). J’insisterais particulièrement sur le fait qu’on assiste à un drame aujourd’hui ! Marineland nous permet de faire comprendre ce drame, c’est celui qui est en train de se passer avec les requins (25) ! Il y a 100 millions de requins aujourd’hui dans le monde qui sont amputés, qui sont mutilés pour leur aileron. Ce sont des requins qui, on ne le sait pas ! mais qui sont sortis de l’eau, on les ampute de leur aileron, on les relâche, on les remet à l’eau, ils tombent au fond marin, qui peuvent tomber à 3 000 mètres, et ils mettent jusqu’à 2 semaines pour mourir puisqu’ils sont mangés vivants par les crabes (26) !  C’est un drame ! Y’a tout un éco-système qui est en train de s’effondrer. Des endroits comme Marineland nous permettent de passer ces messages-là, nous permettent de faire prendre conscience aux gens de beaucoup de choses, en l’occurence celle-là (27).

(20). L’objet précis de la plainte est « la commission d’actes de cruauté et de maltraitance envers les cétacés, défaut de soins et la mise à mort sans nécessité. »
(Voir le dossier de presse pour plus de détails)

(21). Voir, oui, toucher, pas forcément. Il existe quantités de documentaires sur les cétacés en liberté qui permettent d’apprendre autrement plus de choses qu’un spectacle d’animaux dans un parc zoologique. Et, à l’heure du cinéma 3D et de la réalité virtuelle, il existe de nombreuses alternatives au fait d’exhiber des animaux apathiques dans des bassins exigus empestant le chlore.
« Il y a autant de bénéfices pédagogiques à acquérir en étudiant des dauphins en captivité qu’il y en aurait à étudier le genre humain en n’observant que des prisonniers isolés.» (Jacques-Yves Cousteau)

(22). Arnaud Palu, directeur d’un delphinarium, nous qualifie ici d’un discours vibrant d’émotion sur… les orang-outans.
Non seulement le lien avec la situation des dauphins est tout sauf évident, mais le discours est quelque peu inexact. En effet, si le public a pu avoir conscience du drame qui se joue pour ces primates qui voient leur habitat naturel, la forêt, détruit à cause de l’industrie de l’huile de palme, c’est uniquement grâce aux ONG, qui font effectivement un travail formidable, et souvent très dangereux.
Elles se battent sur le terrain depuis de nombreuses années contre cette industrie (notamment en prenant soin des petits dont les parents ont été massacrés), et ont diffusé les images insoutenables de ce drame écologique afin d’en informer le grand public. Images et travaux qui ont été récupérés par les parcs zoologiques, pour justifier le fait d’exhiber un singe tristement assis dans une cage.
Par ailleurs, il est intéressant de noter que si le directeur du Marineland d’Antibes se désole du sort infligé aux animaux à cause de l’industrie de l’huile de palme, il ne renonce pas pour autant à son lucratif partenariat avec la marque Coca-Cola, qui est depuis longtemps l’une des cibles des ONG à cause de ses pratiques environnementales douteuses. C’est seulement en 2014, sous la pression des américains, que la marque assurait avoir retiré l’huile de palme de la composition de ses produits.
En outre, Marineland commercialisant  crêpes et gaufres dans ses snacks, il est probablement aussi un gros consommateur de Nutella, l’un des produits le plus décrié concernant l’huile de palme (qui est en outre très mauvaise pour la santé).

Cette tirade au relent de green-washing est de toute façon surprenante de la part d’un directeur, dont le précédent poste était celui de PDG d’un centre commercial climatisé à Dubaï, comprenant d’immenses pistes de ski en neige artificielle, à l’inévitable et lourd impact climatique.

(23). Effectivement, voir la tristesse et l’apathie entrecoupée de comportements stéréotypés dont font démonstration les animaux enfermés dans les zoos, permet de se rendre pleinement compte à quel point la captivité est source de souffrances.
Lorsque l’on voit une orque ronger compulsivement les bords de son bassin, un dauphin se laisser flotter des heures durant sans bouger, ou un ours polaire patauger en rond dans un bassin étroit, devant une foule bruyante, tandis que son compagnon effectue des aller-retours sur place dans un ballet névrotique sans fin, on ne peut effectivement que ressentir la peine et la souffrance dans laquelle les animaux se trouvent au sein du Marineland d’Antibes.

(24). Encore une fois, le comportement des animaux en captivité n’a rien à voir avec celui exprimé en milieu naturel.
En milieu naturel, et comme la plupart des prédateurs (y compris nos chiens domestiques), les cétacés, qui sont des animaux extrêmement sociaux et donc joueurs, ne jouent et ne « bondissent » qu’après avoir assouvi leur faim, lors de séances de sociabilisation entre congénères (ou parfois lors de rencontres avec d’autres espèces de cétacés).
Or, les comportements lors de ces séances spontanées en milieu naturel n’ont rien à voir avec ceux demandés dans les delphinariums, comme effectuer des tours de bassins debout sur la caudale, remorquer un dresseur, le pousser hors de l’eau, agiter une nageoire pour saluer le public… ou jongler avec un ballon. Et le reste du temps, les animaux se contentent de se laisser flotter, à demi léthargiques, ou de ronger les bords de leur bassin, par ennui.

(25). Après les orang-outans (!), les requins. Arnaud Palu tente de justifier la présence de dauphins dans son parc par toute sortes d’animaux… sauf les dauphins.
Pourtant, eux aussi vivent de véritables drames, comme les massacres en masse qui ont lieu chaque année dans la baie de Taiji, au Japon. Problème : ces tueries sanglantes sont commanditées par l’industrie de la captivité elle-même.

(26). Les « 100 millions » de requins dont parle Arnaud Palu représentent en fait, une estimation moyenne, par an, de la totalité des requins morts, quelle qu’en soit la cause (naturelle ou due aux activités humaines). Si la pratique du « shark-finning », ou amputation à vif de l’aileron pour rejeter l’animal à la mer ensuite, est effectivement particulièrement cruelle, elle ne représente « que » une fourchette comprise entre 26 et 73 millions, le chiffre étant particulièrement difficile à estimer. De fait, les requins sont surtout victimes de la pêche industrielle.
(source)  (source)
En outre, ils n’ont pas « besoin » pour mourir de couler à 3 000 mètres pour agoniser pendant 2 semaines (!)… la plupart meurent d’hémorragie, d’asphyxie, ou dévorés par leurs congénères, « heureusement » bien avant d’atteindre ces profondeurs abyssales et cette durée d’agonie.
(source)

(27). Les requins donc, sont surtout victimes de la pêche industrielle, dans des proportions autrement plus considérables et significatives. Et notamment la pèche au thon, par prises collatérales dont sont également victimes les dauphins. Thon qui est justement présent au menu des snacks et restaurants du Marineland… qui est par ailleurs un très gros consommateur de poissons issus de la pêche industrielle, que ce soit pour la restauration humaine ou pour nourrir ses animaux (près de 200 tonnes par an).
(Au sujet des requins du Marineland d’Antibes et de la consommation du parc en poissons, voir CET ARTICLE)

Et tout ça, personne n’a attendu les dires d’Arnaud Palu pour le savoir…

DDG : Et pour vous, cette maltraitance dont il est question, il faut la… Comment vous réagissez à ça, quoi ?

AP : Alors la presse a fait état d’une plainte…

DDG : Mais c’est qu’il y a une enquête préliminaire voilà tout à fait ! …

AP : Mais donc la presse a fait état de cette plainte, dont nous n’avons pas été informés. Donc si les autorités décident…

DDG : Pour l’instant on n’est pas venu vers vous, du côté des services d’enquêtes ?…

AP : Non, non, absolument pas.

DDG : D’accord.

AP : Donc si l’enquête doit… si ça doit mener à une enquête, bien évidemment on participera et on soutiendra absolument tous les efforts des autorités. Mais, à ce jour, aucune enquête n’a été ouverte, et aucune information officielle ne nous a été communiquée. (28)

(28). La plainte, déposée par les associations C’est Assez, Réseaux-Cétacés et ASPAS, est entre les mains du Tribunal de Grasse depuis le 29 décembre2015, soit 3 mois avant cet interview. Elle a pour objet précis « la commission d’actes de cruauté et de maltraitance envers les cétacés, défaut de soins et la mise à mort sans nécessité. »
(Voir le dossier de presse pour plus de détails)
Selon LeParisien, qui rapporte les mots de Thierry Bonifay, procureur adjoint, une enquête préliminaire a bien été ouverte.
La lenteur de l’appareil judiciaire pourrait expliquer que le Marineland n’en soit pas encore informé officiellement, mais cette ignorance semble tout de même curieuse, car elle concerne l’ouverture d’une enquête préliminaire sur une entreprise influente et très médiatique de la Côte d’Azur. En tous les cas, il est étonnant que le parc, au courant de l’existence de cette plainte (une bonne partie de la presse nationale ayant relayé la nouvelle), n’ait pas aussitôt formulé une demande d’informations au tribunal. Tout citoyen (via son avocat) en a en effet le droit… et s’empresserait de le faire.

En outre, le Marineland d’Antibes n’aura effectivement pas d’autres choix que de coopérer avec la justice, même en tant que simple témoin, à moins de risquer une amende, voir une peine et en tout les cas, une très mauvaise publicité.
De fausses déclarations l’exposeraient aussi à de telles sanctions

L’ONG Sea Shepherd vient quant à elle d’annoncer qu’elle attaquait également le parc en justice, pour maltraitance sur et pollution volontaire.

DDG : Pour la ré-ouverture de lundi, est-ce qu’il y a déjà des objectifs cette saison en terme de visiteurs ?

AP : Heu… on ouvre en ayant amputé l’année de 6 mois, hein, d’activité. Donc aujourd’hui, pour nous l’objectif, c’est ouvrir dans les meilleures conditions (29), c’est amener les gens à avoir une expérience formidable ! Et faire en sorte que lorsque les enfants vont venir nous voir, hé ben ils vont partir d’ici avec une petite connaissance supplémentaire.(30)

(29). Il s’agit en réalité de 3 mois d’exercice pour l’année 2016, et pendant la saison la plus creuse : celle de l’hiver. L’entreprise a eu de « la chance » dans son malheur, puisque, outre l’indemnisation par les assurances des pertes matérielles, l’orque Valentin était probablement aussi assurée, comme tous les animaux de grande valeur, et dans les parcs zoologiques.
Et la ré-ouverture arrive juste avant les vacances de Pâques, l’idéal pour tester et routiner les nouveaux spectacles et la nouvelle communication marketing avant la période générant le plus de chiffres : celle de la saison estivale.

(30). Effectivement, la « connaissance supplémentaire » apportée aux enfants sera toute petite, puisque, le directeur Arnaud Palu l’a dit lui-même dans ce même interview, ce que l’entreprise « espère un peu plus même », c’est surtout l’ « émotion ».

DDG : Merci Arnaud Palu, d’avoir été l’invité de France Bleu Azur ce matin. Vous êtes le nouveau directeur de Marineland.

Analyse de l’interview sur France Bleu de Jon Kershaw, directeur animalier du Marineland d’Antibes, ICI

Analyse de l’interview sur France Bleu d’Isabelle Brasseur, responsable pédagogique du Marineland d’Antibes, ICI

  Malgré tous les efforts pour mettre en avant le mot magique de « pédagogie », cette matinée passée sur France Bleu Azur en compagnie de Jon Kershaw (directeur animalier), Isabelle Brasseur (ex-« responsable communication » appelée aujourd’hui « responsable pédagogique »), et enfin Arnaud Palu (nouveau directeur),  nous aura confirmé une chose. « L’émotion » et le « spectacle » continueront de primer avant tout.

  Car user  de véritable pédagogie, afin d’apporter de vraies connaissances basées sur la réalité… le Marineland d’Antibes n’en est absolument pas capable, et ne l’a jamais été.


Mise à jour

L’orque Tilikum, qui était détenu au SeaWorld d’Orlando (Floride), est mort le 6 janvier 2017.
Déclaré malade par les équipes du parc depuis mars 2016, il a passé presque toute une année à lutter contre une infection des poumons, d’origine bactérienne, (d’après les équipes du parc) avant de s’éteindre, loin des siens, dans sa prison de béton.
Tilly a été capturé dans les eaux islandaises à l’âge de 2 ans, arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’un bébé. C’est plus de 30 longues années qu’il aura passé au sein de différents parcs, la captivité et les mauvais traitements le rendant psychotique. Il fut placé à l’isolement sous camisole chimique après avoir tué et démembré sa dresseuse.
Toute la presse a relayé la nouvelle de la mort de l’orque.
Quelques exemples :
Le Huffington Post
Le Monde
Libération
Le Parisien
L’Obs – Temps Réel

L’existence misérable de Tilikum est contée dans le documentaire Blackfish, primé à Sundance en 2013. Ce documentaire de Gabriela Cowperthwaite a attiré l’attention de l’opinion public sur les conditions de détentions de cétacés dans les parcs, et a été le point de départ d’un raz de marée qui ne cesse de croître et de submerger ce business autrefois lucratif.
La mort de cette figure emblématique a relancé plus que jamais le débat sur la captivité des cétacés, et sur leurs conditions de détention.

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