Ré-ouverture du Marineland, Volume 1 : Le show et froid de Jon Kershaw

  Article rédigé en collaboration avec Max Berthy et Isabelle Van Der Wende

Photo France Bleu
Photo France Bleu

  Le 18 Mars 2016, 3 jours avant la ré-ouverture officielle du Marineland d’Antibes, après 6 mois de fermeture forcée due aux inondations, France Bleu Azur consacrait une matinée spéciale au parc, avec les interviews de Jon Kershaw (directeur animalier), Isabelle Brasseur (responsable pédagogique) et Arnaud Palu (directeur).

Voici l’analyse du premier interview, celui de Jon Kershaw, à 7h15.

Le podcast de France Bleu

Nicolas Merou / Valentin Dunat

Animateurs :  Une matinée un peu spéciale, où l’on est en direct de chez vous, en direct d’Antibes, puisque Marineland ouvre ses portes lundi.
Et nous avons voulu faire le point ce matin, 5 mois après les intempéries, en pleine polémique également, puisque hier (jeudi 17 mars) le géant américain SeaWorld a annoncé la fin de la captivité des orques (1).

David Di Giacomo, vous êtes en direct du parc, avec Jon Kershaw. Jon Kershaw, c’est le responsable animalier de Marineland.

David Di Giacomo : Exactement.
Bonjour, Jon Kershaw.

Jon Kershaw : Bonjour.

(1) • Cela n’est pas tout à fait exact. C’est la fin de son programme de reproduction et, à plus long terme, de ses spectacles que SeaWorld a annoncé. Le géant américain des delphinariums a bien précisé qu’il n’était pas question de remettre en liberté les orques actuellement détenues dans ses bassins.

DDG : Alors vous travaillez depuis 35 ans dans ce parc.
Depuis 6 mois, vous avez fait d’importants travaux pour vous relever de ces inondations. Est-ce que vous avez, du coup, pris en compte, pour la prochaine fois, j’allais dire, on espère qu’il n’y en aura pas, ce risque d’inondation, puisqu’on se souvient des dégâts énormes ce 4 octobre dernier ?

JK : Effectivement, on espère qu’il n’y aura pas de prochaine fois, mais je crains que (rires)… il va y avoir une prochaine fois, je pense (2).
Donc effectivement nous avons changé certaines choses.
En fait le plus gros problème que nous avons eu pendant les inondations, c’était que nos stations de filtrations étaient noyées. Et les pompes électriques apprécient moyennement l’eau (3).
Donc ce que nous avons fait, plutôt que de risquer nos moteurs, et le temps nécessaires pour les changer la prochaine fois, nous avons mis des moteurs de type immergeable.
Cela veut dire qu’ils peuvent même fonctionner avec la station noyée. Donc principalement, c’est ça la différence.
Et bien sûr, nous avons surélevé toutes nos installations électriques (4).

(2) • Effectivement, les inondations d’octobre sont déjà la cinquième catastrophe du genre essuyée par le parc. En 2011, le même Jon Kershaw déplorait dans la presse 200 000 euros de dégâts « uniquement pour le système de filtration ».
Rien d’étonnant donc à la certitude d’une nouvelle inondation affichée par le directeur animalier lui-même, le parc est construit à deux pas de la Méditerranée, en zone inondable. Et l’omerta qui règne autour de la délivrance  des permis de construire soulève de nombreuses questions, restées toujours sans réponses.

(3) • Les pompes se sont surtout interrompues à cause d’une coupure d’électricité généralisée, le parc ne possédant pas de groupe électrogène pour pallier ce genre d’évènement. Qu’en est-il aujourd’hui ?

(4) • Voilà pour la sécurité de (certaines) installations de fonctionnement. Et qu’en est-il des animaux qui ont passé plusieurs jours à nager dans la boue et les hydrocarbures, au milieu des débris, des déchets et des débordements d’égouts et de fosses septiques, représentant un danger certain ?
Et les visiteurs ? Que se passera-t-il si, comme en octobre, une vague « montée jusqu’à 6  mètres de haut » (dixit Jon Kershaw lui-même) submerge un parc rempli  de visiteurs (essentiellement familles et enfants) ?
Ni le Marineland d’Antibes, ni les autorités locales concernées (malgré les promesses faites à l’époque), n’ont jamais apporté l’assurance aux visiteurs qu’ils seraient en sécurité au sein du parc.

DDG : La réouverture, c’est lundi, vous êtes prêts ?

JK : (rires) Oui, oui oui, on est plus que prêts pour l’ouverture lundi. Nous avons hâte de retrouver nos visiteurs, d’entendre applaudir nos animaux, et de revivre un petit peu. C’était six mois pénibles, c’était beaucoup de travail, ce n’était pas du tout des vacances. Et 6 mois, ce n’était pas de trop, vu les dégâts que nous avons subi.

DDG : La presse a déjà déjà pu voir hier les changements, dans les spectacles d’animaux justement. Comment vous pourriez expliquer ça, vous, ce matin ?
Qu’est-ce qui va vraiment changer ? On dit plus de pédagogie, moins de spectacles.

JK : C’est exactement ça, oui… Non, c’est pas moins de spectacles ! C’est, c’est… autant d’émotions (5).
Ça c’est très important, parce que l’émotion joue un rôle très important dans l’apprentissage (6) : le fait d’être attiré par quelque chose fait que vous écoutez, on arrive à garder votre attention (7).
Et le fait de proposer plus de pédagogie, plus d’informations sur les animaux, c’est que nos visiteurs sont demandeurs de ce genre de choses ! C’est quelque chose qui a commencé à naître il y a, il y a deux ans, nous avons commencé à planifier de prendre ce virage (8).
Mais comment faire tout en gardant l’émotion ? Bien sûr les animaux continuent à sauter, mais cette fois-ci avec des explications (9).
C’est-à-dire que ce sont des fonctions naturelles des animaux qu’on illustre.

(5) • Le rythme des spectacles restera donc le même : les mêmes répétés plusieurs fois par jour, tous les jours, avec des nocturnes, des soirées privatives (avec boite de nuit jusqu’à 4h du matin, et où les vidéos pédagogiques diffusées sur les écrans peuvent être remplacées par les logos de l’entreprise ou les photos du client).

(6) • L’émotion et la pédagogie sont a priori deux termes plutôt antagonistes. Au lieu de faciliter l’apprentissage, la réflexion et le jugement, l’émotion les rend au contraire plus difficiles. On ne peut aborder un problème ou une question de façon sereine et objective qu’en étant détaché émotionnellement de ceux-ci. Par contre, et Marineland est rompu à cet exercice de manipulation, en jouant sur la corde sensible, il est beaucoup plus facile de faire adhérer l’interlocuteur à son propos.

(7) • La plupart des gens et tous les enfants sont fascinés par les animaux et spécialement les dauphins et les orques. L’émotion est donc déjà là, l’intérêt également. Surtout lorsque l’on fait les comptes pour une sortie en famille, comprenant : les entrées au(x) parc(s) (chaque espace est payant : Marineland, Kid’s Island, golf etc…), les trajets, le parking, la restauration, les souvenirs, voire l’hébergement… Un budget important.

(8) • Si le projet de remaniement date d’il y a deux ans, pourquoi attendre si longtemps pour le mettre en place de but en blanc, et laisser grandir le flot des critiques dans l’intervalle ?
Pourquoi défendre l’ancienne formule bec et ongles face aux critiques, encore lors de l’été 2015, au lieu d’annoncer qu’un projet de remaniement était en cours de réflexion ?
Pourquoi attendre les inondations et la fermeture forcée du parc, et avec elles la mort de l’orque Valentin, un changement de l’opinion public sur le parc et les critiques acerbes dans les médias et pour finir l’arrivée d’un nouveau directeur (qui a pris ces fonctions à peine 2 mois avant la ré-ouverture) ?
Ce curieux timing ne laisserait-il pas plutôt à penser que les 6 mois de fermeture forcée due aux inondations, ainsi que la mort de Valentin (vedette des spectacles), et le flot de critiques venues de toute part qui ont pris une importance médiatique inédite, ont obligé le parc à revoir ses spectacles sous la pression ? Ces 6 mois laissaient au parc le temps de se faire composer une toute nouvelle bande-son et des vidéos « pédagogiques » à projeter sur les écrans géants.

(9) • Marineland avoue donc franchement, avec cette nouvelle formule, des lacunes au niveau de la pédagogie et des explications données au public. Pourtant, la loi prévoit que les parcs zoologiques (ce que soit, au moins sur le papier, les delphinariums) ont des obligations « en matière (…) de pédagogie vis-à-vis du public sur la biodiversité ». Une réglementation qui date de… 1999. (source site du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable)

DDG : Vous avez un exemple en tête, par exemple ?

JK : Oui, par exemple, un animal qui tape dans un ballon… ce n’est pas gratuit maintenant (10).
Ça va illustrer une façon que l’animal a de chasser, c’est une méthode… Un animal qui s’échoue, les animaux, les dauphins, même les dauphins s’échouent pour attraper leur proie ! (11)
Tout ça…. tout ça peut servir… ça fait que les animaux sont en fait les ambassadeurs de leurs congénères en mer (12).

(10) • Confirmation donc que faire jouer des dauphins avec des ballons n’était considéré « avant » par les équipes du parc que comme un moyen de distraire le public.
Le qualificatif « gratuit » ne concerne à l’évidence pas les animaux, puisqu’ils doivent obéir aux ordres du dresseur pour obtenir leur nourriture. Ce conditionnement est entrepris dès le plus jeune âge, comme expliqué dans cette vidéo de la chaine YouTube officielle du parc Marineland TV, en 2011. Elle présente le dressage de la jeune delphine Nala, âgée de dix mois : « Maintenant qu’elle a commencé à manger [du poisson], on va commencer à lui faire comprendre le sifflet. Chaque fois que l’on siffle, pour elle ça va être une récompense » explique sa dresseuse.

(11) • Si certaines populations de dauphins et d’orques pratiquent effectivement la chasse à l’échouage, cette technique, risquée pour le dauphin lui-même (risque de ne pouvoir retourner à l’eau, danger d’écrasement des organes par la masse s’ils restent trop longtemps sur le rivage), reste exceptionnelle et propre à certaines populations. La population d’orques qui pratiquent et se transmettent de mère à petit cette technique se trouve essentiellement sur les côtes d’Amérique du sud.
En tous les cas, jamais le cétacé ne s’échoue pour rester immobile, la caudale et le rostre « fièrement » levés et le bec ouvert, pour la photo.

(12) • En milieu naturel, et comme la plupart des prédateurs (y compris nos chiens domestiques), les cétacés, qui sont des animaux extrêmement sociaux et donc joueurs, ne jouent et ne « bondissent » qu’après avoir assouvi leur faim, lors de séances de sociabilisation entre congénères (ou parfois lors de rencontres avec d’autres espèces de cétacés).
Or les comportements lors de ces séances spontanées en milieu naturel n’ont rien à voir avec ceux demandés dans les delphinariums, comme effectuer des tours de bassins debout sur la caudale, remorquer un dresseur, le pousser hors de l’eau, agiter une nageoire pour saluer le public… ou jongler avec un ballon. Et le reste du temps, les animaux se contentent de se laisser flotter, à demi léthargiques, ou de ronger les bords de leur bassin, par ennui.
« Il y a autant de bénéfices pédagogiques à acquérir en étudiant des dauphins en captivité qu’il y en aurait à étudier le genre humain en n’observant que des prisonniers isolés.» (Jacques-Yves Cousteau)
Dans ces circonstances, difficile de considérer les cétacés captifs comme des « ambassadeurs » de leur congénères libres.

DDG : Comment vous avez réagi hier, à cette annonce du groupe SeaWorld, qui dit qu’il met un terme à la reproduction d’orques en captivité, donc c’est-à-dire que, à long terme, il n’y aura plus de spectacles d’orques aux Etats-Unis et dans ces parcs ?

JK : Hum hum.

DDG : Comment vous réagissez à cette annonce ?

JK : J’ai été choqué.

DDG : Pourquoi ?

JK : J’ai été choqué ! Parce que, là je parle personnellement hein, personnellement, je suis contre (13).
Nous sommes là pour assurer heu… la survie de nos animaux, et la survie bien sûr c’est la reproduction. Mais aussi la reproduction fait partie heu… de leur structure sociale, qui est très complexe (14), heu ! … leur façon de vivre quotidiennement. Nous sommes là pour assurer une vie complétement naturelle (15) ! Avec la gymnastique cérébrale nécessaire apportée par les soigneurs, avec une vie en famille qui est nécessaire et qui est assurée par notre groupe familial. Et je trouve que la reproduction fait partie de la vie des animaux (16). Et personnellement, je suis contre le fait de l’arrêter. Les vrais problèmes ne sont pas chez nous. Que les orques se reproduisent n’est pas un problème ! Si on perdait un orque par jour, ce serait un problème effectivement (17), mais les vrais problèmes sont en mer, et pas chez nous. Et… je ne vois pas qui gagne avec cette histoire d’arrêter la reproduction, mais ce que je sais par contre, c’est que ce sont les orques qui perdent.

(13) • Le directeur animalier, Jon Kershaw, insiste énormément sur le fait que cette condamnation des annonces de SeaWorld est une opinion personnelle. Pour quelles raisons ?
Qu’attendent les services de communication du parc, et le groupe Parques Reunidos auquel il appartient, pour donner la position officielle du Marineland d’Antibes ?
Est-ce la crainte de briser un partenariat historique (fait de transferts d’animaux et de commerce de semence congelée) avec le géant américain en s’opposant à lui ? Attendent-ils de voir quelles conséquences cette annonce aura sur la santé financière de SeaWorld ?

(14) • Les orques actuellement détenues au Marineland d’Antibes ne sont plus que 4 et toutes d’ascendance directe ou collatérale :
Wikie (seule femelle), Inouk (son demi-frère), Moana et Keijo (les deux jeunes fils de Wikie). Dans cette configuration, et plus encore depuis le décès de la matriarche Freya cet été 2015, comment peut-on parler de « structure sociale complexe » (indéniablement présente en milieu naturel) ? La complexité dont parle Jon Kershaw viendrait-elle du fait que des rapports sexuels entre les orques des bassins du parc seraient forcément incestueux (ce qui n’arrive jamais en milieu naturel) ?

(15) • Ce qui est par essence totalement impossible en captivité. Les animaux ne vivent pas en pod de plusieurs dizaines d’individus, menés par une matriarche, restant avec les membres de leur famille de leur naissance à leur mort (en captivité : transferts, morts prématurées…), parcourant plus d’une centaine de kilomètres par jour (ce qui représente à peu près 1 200 tours de bassin), plongeant parfois à des centaines de mètres de profondeur (quand les bassins n’excèdent pas les 15 mètres de profondeur), jouant après être rassasiés (et non pas pour obtenir leur nourriture), chassant des proies vivantes (et non pas des poissons décongelés emplis de médicaments), s’intéressant à ce qui se passe sous la surface (et non pas au-dessus vers les soigneurs pourvoyeurs de nourriture), etc…

(16) • Wikie, la seule femelle des bassins du Marineland se reproduira donc soit avec son frère Inouk (son autre frêre, Valentin, est déjà le géniteur probable de son deuxième fils Keijo), soit avec ses fils, soit par insémination artificielle (comme lorsqu’elle a donné naissance à Moana, après avoir été engrossée par le sperme d’Ulyses, un étalon de SeaWorld). Cette reproduction n’a absolument rien de naturel.
Il est aussi intéressant de noter que, selon des sources internes, Wikie serait à nouveau pleine (après deux gestations en 32 mois, contre 5 ans en moyenne entre chaque en milieu naturel), cette fois-ci après insémination par le sperme congelé de Tilikum (trois fois tueur, dont deux de ses dresseurs) et actuellement très malade, voire mourant, au SeaWorld d’Orlando, Floride.

(17) • Avec Freya (morte en juin 2015) et Valentin (au moment des inondations d’octobre 2015), cela fait déjà 2 orques en moins de 6 mois.
Au total, depuis la création du parc il y a 45 ans, on dénombre 42 cétacés morts dans les bassins du Marineland d’Antibes : 13 orques, et 29 dauphins, incluant les animaux mort-nés ou peu après leur naissance (4 orques et 2 dauphins). Contre seulement 18 naissances (6 orques, 12 dauphins). Sur les 29 cétacés capturés en milieu naturel depuis la création du parc (7 orques et 22 dauphins), seulement 3 dauphins sont encore en vie. Plus aucune orque.
Et le doute plane encore au sujet du dauphin Alizé, à l’état de santé inquiétant, dont on n’a plus aucune nouvelle depuis presque un an.
(Estimation d’après les données accessibles au grand public, source ceta-base).

DDG : Vous disiez, « les vrais problèmes ne sont pas chez nous ». Pourtant, pour certaines associations, ils sont là. Ils ont déposé plainte pour maltraitances. Comme vous vivez toute cette polémique alors que vous allez rouvrir ?

JK : Très sereinement. Ça fait 45 ans que j’exerce ce métier (18) et je le vis très sereinement. Je ne dormirais pas si je croyais qu’il y avait maltraitance sur les animaux. Alors la maltraitance part du principe qu’il ne faut pas enfermer les animaux (19).
Alors si on veut mettre en cause la captivité, il faudrait parler de TOUT ce qui est captivité, vraiment tout.
Donc là, ce n’est pas uniquement les orques et les dauphins, c’est aussi les zoos, jusqu’à l’animal domestique, qui est quand même quelque part en captivité (20).
Donc pour moi, cela ne pose absolument pas de problème de conscience. Je dors tranquillement. Et je sais pertinemment que mes soigneurs, qui sont des passionnés, et des amoureux des animaux, sont absolument incapables de faire du mal à un animal (21).

DDG : Merci pour vos réponses Jon Kershaw, je rappelle que vous êtes le responsable animalier de Marineland. On vous laisse repartir travailler, merci à vous.

JK : Merci.

(18) • En 45 ans d’exercice, Jon Kershaw a vu de nombreuses évolutions dans le traitement des cétacés captifs. De son propre aveu, il a appliqué certaines méthodes qu’il déclare condamner à présent : « J’ai fait toutes les conneries qu’on nous reproche aujourd’hui ! ». Il a donc commencé sa carrière dans les années 70, années de bouleversement pour les parcs détenant des cétacés, car c’est précisément à ce moment que la réglementation américaine et européenne interdisant les captures en milieu naturel a été mise en place.
(Pour plus de détails, voir cet article sur l’implication de SeaWorld et de ses confrères dans les captures)

(19) • Le dossier déposé en Justice par les associations ne porte pas sur un « principe » mais est étayé par des faits précis : « Les chefs d’accusation retenus sont la commission d’actes de cruauté et de maltraitance envers les cétacés, défaut de soin et la mise à mort sans nécessité ».
(Pour tous les détails, voir le dossier de presse )
A l’époque des inondations, l’ONG américaine Friends of Animals avait déjà déposé une plainte contre le Marineland d’Antibes pour des motifs similaires. L’ONG Sea Shepherd vient elle aussi d’annoncer qu’elle portait plainte contre le parc pour maltraitance sur et pollution volontaire.
La maltraitance n’a pas de définition juridique précise ni exhaustive, la nature et la gravité d’éléments portés à leur connaissance est donc laissée à l’appréciation des juges.
Par conséquent, il est « facile » de ne considérer sous ce terme que des actes de violence directe (coups ou cris), escamotant les négligences ou l’inadéquation des conditions de détention avec les besoins naturels des animaux.

(20) • Les débats sur les parcs zoologiques et sur le statut de l’animal de compagnie ou de rente sont effectivement intéressants et d’actualité. Cependant, ici, ce n’est pas le sujet. Quoique…
Jon Kershaw tente de détourner le problème, mais il est bien directeur animalier d’un parc qui détient non seulement des cétacés, mais également des ours polaires, des manchots, des otaries (et le fait de les exposer à un public payant en fait un zoo à part entière). Et, aux dernières nouvelles (car ils ont été nombreux à périr dans les inondations) une mini-ferme avec des animaux domestiques (poneys, ânes, cochons d’Inde, rats, lapins…).
En outre, en ce qui concerne les spectacles des dauphins, des orques, et des otaries, cela en fait un cirque, avec une exploitation des animaux sauvages hors du cadre des parcs zoologiques stricto sensu (dont le rôle principal est en principe la sauvegarde des espèces menacées et la sensibilisation du public). Or au sujet des cirques exploitant des animaux, la législation est en train d’évoluer à grande vitesse en Europe.

(21) • C’est également le cas des militants et leur seule motivation. Ce n’est pas le cas du Marineland d’Antibes, qui est une entreprise et par conséquent a des enjeux financiers importants dans l’exploitation des cétacés captifs. Les soigneurs, eux, salariés par cette entreprise et soumis à sa hiérarchie, font également face, comme tout salarié, à de nombreux enjeux autres que le simple amour des animaux. Leur contrat comporte une clause de confidentialité, et la politique du parc se résume à « Si tu parles, on te vire », dixit des employés eux-mêmes.
De nombreux anciens dresseurs ont d’ailleurs rejoint le rang des militants anti-captivité. C’est le cas de Ric O’Barry (dresseur des dauphins de la série Flipper, et pour l’US Navy), qui se consacre depuis plus de 40 ans à la libération des dauphins captifs.
C’est aussi le cas de John Hargrove, ancien dresseur en chef à SeaWorld et… au Marineland d’Antibes. Ce dernier, au lendemain de la mort de Valentin (avec lequel il a travaillé), accusait dans la presse le Marineland d’Antibes d’être responsable de sa mort. La plainte adressée contre le Marineland d’Antibes s’appuie notamment sur son témoignage.

B : David Di Giacomo, on vous retrouve avec Rémi Martinez à 7h45, à 7h50 également avec le directeur du parc.
J’ajoute, pour réagir à cette information de SeaWorld qui a annoncé la fin des orques en captivité, que cela fait suite à un documentaire qui est disponible sur internet, documentaire qui s’appelle « Blackfish ».

Analyse de l’interview sur France Bleu d’Isabelle Brasseur, responsable pédagogique du Marineland d’Antibes, ICI

 

Analyse de l’interview sur France Bleu d’Arnaud Palu, directeur du Marineland d’Antibes, ICI


Mise à jour

L’orque Tilikum, qui était détenu au SeaWorld d’Orlando (Floride), est mort le 6 janvier 2017.
Déclaré malade par les équipes du parc depuis mars 2016, il a passé presque toute une année à lutter contre une infection des poumons, d’origine bactérienne, (d’après les équipes du parc) avant de s’éteindre, loin des siens, dans sa prison de béton.
Tilly a été capturé dans les eaux islandaises à l’âge de 2 ans, arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’un bébé. C’est plus de 30 longues années qu’il aura passé au sein de différents parcs, la captivité et les mauvais traitements le rendant psychotique. Il fut placé à l’isolement sous camisole chimique après avoir tué et démembré sa dresseuse.
Toute la presse a relayé la nouvelle de la mort de l’orque.
Quelques exemples :
Le Huffington Post
Le Monde
Libération
Le Parisien
L’Obs – Temps Réel

L’existence misérable de Tilikum est contée dans le documentaire Blackfish, primé à Sundance en 2013. Ce documentaire de Gabriela Cowperthwaite a attiré l’attention de l’opinion public sur les conditions de détentions de cétacés dans les parcs, et a été le point de départ d’un raz de marée qui ne cesse de croître et de submerger ce business autrefois lucratif.
La mort de cette figure emblématique a relancé plus que jamais le débat sur la captivité des cétacés, et sur leurs conditions de détention.

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