La nouvelle bande-son des spectacles du Marineland : tout un cinéma

caroline Carotideae redim
© Carotide

  Avec la refonte de ses spectacles pour 2016, le Marineland d’Antibes affiche l’intention de devenir plus pédagogique.
Annonce pour le moins étonnante, puisque la loi prévoit que les parcs zoologiques (ce que sont, au moins sur le papier, les delphinariums) ont des obligations « en matière (…) de pédagogie vis-à-vis du public sur la biodiversité », une réglementation qui date de 1999. (source site du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable)
Un nouveau départ qui semble donc sonner bien involontairement comme un aveu de lacunes à ce niveau…

  Néanmoins, si le nouveau directeur du parc antibois, Arnaud Palu, insistait dans la presse sur les mots de « pédagogie » et d’ « éducation », devenus Graal de la communication autour de la ré-ouverture du delphinarium, il s’en tenait là.
En effet, une fois le mot placé en avant (et d’ailleurs qualifié de « mot-clé » par le directeur lui-même), la description des spectacles et de leur nouvelle bande-son appartient entièrement au champ lexical de l’émotion et donc du spectacle. Ce dernier devient « une représentation » (un écran de fumée, car cela veut dire la même chose) « basée beaucoup plus sur l’émotionnel. »

  La nouvelle bande-son suit le même modèle. La musique (qui sera utilisée dès le 21 mars) n’a pas non plus échappé au vernis pédagogique utilisé, aujourd’hui plus que jamais, par Marineland.
Cette création originale, créé par un jeune compositeur, François Rousselot, et jouée  par l’orchestre philharmonique de Budapest, est décrite dans cette vidéo de présentation officielle, comme « émotive », « joyeuse », « triste », de « cinéma »…
C’est Jon Kershaw (directeur animalier du parc) qui a recruté le compositeur, après avoir entendu ses créations pour le Zoo de Beauval. Ce dernier présente lui aussi des spectacles d’otaries, mais sans toutefois s’aventurer à les faire passer pour « proches d’un documentaire animalier » à l’instar du Marineland. Ils sont  présentés sur le site de Beauval bien comme « Un véritable festival de performances, ponctué de musiques entraînantes ! ».

François Rousselot est bien issu du cinéma : il a composé la bande originale du court-métrage « Mr Hublot » , qui a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 2014.
Ce film se déroule dans un univers complétement industriel et robotisé, où même les fleurs et les insectes sont des robots. Il raconte l’histoire d’un homme très ordonné qui mène une vie à la routine millimétrée. Il trouve un petit chien-robot dans la rue et l’adopte. Le chien grossit, il est à présent énorme et fait tellement de bêtises qu’il devient ingérable dans le petit appartement, au point que son maitre veuille le détruire… mais seulement en apparence. Dans l’épilogue, Mr Hublot a quitté le confort douillet de son petit appartement afin de déménager dans un immense entrepôt où son compagnon dispose enfin de tout l’espace dont il a besoin, et où ils vivent tous deux parfaitement heureux.

Le parallèle évident est cruellement ironique.

  Concernant les musiques à proprement parler, force est de constater que leur description semble curieusement éloignée du « mot-clé » pédagogie : celles des orques appartient à un registre « épique », avec un côté « céleste », « ange », « de film moderne ». Pour les dauphins, comble effarant, les nouveaux numéros « pédagogiques » sont qualifiés de « cartoon » et sont comparés à l’univers des dessins animés « Pixar ».
Et cette séquence d’un dauphin effectuant une longueur sur la caudale (comportement qui n’a rien de naturel) au sein d’une musique joyeuse, débonnaire et vaguement ridicule, illustre parfaitement cette façon d’envisager un spectacle pourtant censé être à présent éducatif.

  Rien de nouveau donc, Marineland table, comme il l’a toujours fait, sur le côté impressionnant de l’orque et sur l’image du clown joyeux attribué au dauphin.
Côté technique, le discours de la régie est clair : la musique fera « lever le poil » pour provoquer le « petit frisson », ce que le technicien qualifie de « pas négligeable ». En effet, pour vendre des pirouettes circassiennes de mammifères marins, il faut être « impressionnant pour les gens. »

   Car si la présentation marketing change, le but reste le même : proposer un spectacle qui fera rêver le public. Un public qui restera dans l’ignorance des conditions de vie réelles et effroyables des animaux captifs au sein des delphinariums, à mille lieues de la joie et l’allégresse mise en scène dans ces « représentations pédagogiques », et habillées d’une jolie et sérieuse musique classique.

L’image qui illustre cet article est une création originale de Carotide.
Voir sa page Facebook pour un aperçu du travail très intéressant de cette artiste, engagée pour la cause animale !

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