Le parc aquatique SpeedWater annule son spectacle d’otaries : le directeur pleurniche sur l’épaule de France bleu

Otarie terrassant le requin de la finance SpeedWater (Allégorie) – Photo © Chris Fallows

  A l’approche de l’été, SpeedWater (un parc de loisirs aquatiques, avec piscines, toboggans géants et boîte de nuit), situé entre Marseille et Aix-en-Provence, annonçait en grande pompe sa nouveauté pour la saison 2016 : un spectacle d’otaries.
Sur les réseaux sociaux, un collectif marseillais, qui lutte contre les cirques présentant des animaux, a lancé un appel à la cyber-action, très relayé. Cet appel invitait les militants (ainsi qu’ils le font régulièrement pour d’autres évènements de ce genre) à faire part au parc (sur leur page Facebook, par mail, ou courrier papier) de leur indignation (toujours avec courtoisie) devant ce projet :  celui de créer un « mini-Marineland » de plus dans le sud de la France. Un spectacle purement récréatif, sans même un soupçon de vernis pédagogique, les otaries ayant aussi peu leur place au milieu des toboggans et des piscines à vagues que sur la piste en sciure d’un cirque.

  Hier, la direction de SpeedWater annonçait par communiqué de presse, et au micro de France Bleu Provence, sa décision d’abandonner le projet « suite à une campagne de dénigrement et aux très nombreuses menaces reçues depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, boites mails ainsi que par téléphone de la part de particuliers et d’associations dites de défense de la cause animale et afin d’éviter tout malentendu pouvant perturber la quiétude de nos clients ».

  • France Bleu, « chevalier blanc » de l’industrie de la captivité

  France Bleu affiche clairement et régulièrement son soutien aux entreprises locales (voir ICI, ICI, et ICI, le décryptage d’une série d’interviews à la gloire du Marineland d’Antibes), fussent-elles basées sur l’exploitation et la souffrance animale, à l’instar du quotidien Nice Matin (fervent supporter lui aussi du parc antibois). La radio s’est empressée de relayer la nouvelle de l’annulation des spectacles d’otaries au parc SpeedWater, en insistant sur « la pression des associations de défense animale » et la perte financière essuyée par l’entreprise.
L’article (d’ailleurs habilement classé dans la rubrique « Faits divers/Justice » du site de la radio) ne fait état que des lamentations du dirigeant du parc, sans jamais s’interroger sur les motivations des militants.
Il s’étend en long et en large sur des « menaces », « campagnes de dénigrement », peur du parc de devoir faire face à des « débordements, actes de malveillance, dégradations et manifestations », le faisant craindre un « péril [pour] la sécurité des clients, du personnel ainsi que des otaries présentées ». Et enfin, bien sûr, on trouve des allusions à peine voilées aux polémiques qui entourent le parc Marineland, le journaliste citant cette phrase du communiqué de presse : « comme cela s’est déjà produit dans les Alpes-Maritimes ».

  Dans le texte qui accompagne les podcasts, France Bleu pratique le sport préféré des médias locaux depuis les inondations d’octobre 2015 : pourfendre les opposants aux parcs présentant des animaux en captivité. L’ensemble des phrases que le journaliste a écrit en gras annonce la couleur :
« une campagne de dénigrement et aux très nombreuses menaces reçues depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux »
« cette campagne a fait craindre des risques de débordement »
« Les pertes sont estimées à près de 20.000 euros »

  Ainsi, France Bleu présente insidieusement les militants anti-captivité comme des fascistes assoiffés de violence, et entretient la Peur, occultant totalement les raisons qui poussent les militants à instaurer ce genre de cyber-action, et à y participer : le refus de voir de nouveaux animaux exploités pour enrichir les dirigeants des parcs de loisirs.

  • De quel côté se trouve donc cette « campagne de dénigrement » ?

  Si le ton de l’article est sans appel, à l’écoute du podcast d’Oliver Temprado, directeur de SpeedWater, on se rend compte que ce que le parc redoute surtout, ce sont les manifestations et la mauvaise publicité.
Pour rappel, et puisque ni France Bleu, ni la direction du parc ne semblent au courant, il est une chose qui s’appelle la Liberté d’Expression, et nous avons tous le droit de l’exercer, du moment qu’elle nourrit le débat public et ne contient pas d’incitation à la haine.
(Voir ICI pour un petit topo sur les droits du militant)

  Peur de « débordements, actes de malveillance, dégradations et manifestations qui auraient pu mettre en péril la sécurité des clients, du personnel ainsi que des otaries présentées, comme cela s’est déjà produit dans les Alpes-Maritimes » ?
Les manifestations organisées très régulièrement devant le Marineland d’Antibes (puisque c’est lui dont il est évidemment question), plusieurs gros évènements annuels (rassemblant plusieurs centaines de personnes), et des manifestations mensuelles, se déroulent toujours, et depuis plusieurs années, de façon pacifique, sans débordements, dans les limites fixées par la préfecture, avec un service de sécurité important et organisé, et dans une ambiance bon enfant (de nombreux enfants y sont d’ailleurs présents, ainsi que des personnalités internationales). France Bleu le sait pourtant déjà, puisque ses équipes sont régulièrement présentes pour couvrir l’évènement. Olivier Temprado semble (ou feint de) l’ignorer.
Certes, les manifestants font du bruit, jouent du tambour, les voitures klaxonnent, les panneaux sont présents partout. Mais sous l’oeil, parfois bienveillant, toujours serein, des RG et des forces de Police. Car manifester, même bruyamment, n’est en rien répréhensible aux yeux de la Loi, manifester étant un droit inaliénable et constitutionnel (inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, soit dit en passant).
Et il est bien évident que jamais une action compromettant l’intégrité des animaux ne viendrait à l’idée des militants, même des plus audacieux.

  • Les militants anti-captivité non seulement coupables d’exprimer leurs opinions, mais également responsables des erreurs stratégiques de Speedwater !?

  Concernant la question des « 20 000 à 30 000 euros » de pertes financières de SpeedWater, si le chiffre avancé par la direction est difficilement vérifiable, il est indiscutable que l’avortement d’un projet commercial est coûteux. Mais étant données les polémiques sans cesse grandissantes qui entourent la captivité et l’exploitation dans des spectacles des animaux, spécialement les animaux marins, et plus précisément les remous dans lesquels s’embourbe le Marineland d’Antibes depuis les inondations d’octobre 2015, on ne peut pas vraiment dire que ces protestations soient une surprise.
En France, cette année, une trentaine de communes ont interdit la venue des cirques présentant des animaux sauvages. Le maire de La Ciotat, commune située à moins d’une heure de route du parc SpeedWater, a indiqué dans la presse avoir pris cette décision notamment « par « conviction profonde » que le dressage de ces animaux est en contradiction avec leur bien-être. »

  Si les équipes de communication de SpeedWater avaient pris la peine de poster un sondage, de mener une enquête sur ces fameux réseaux sociaux, ou tout simplement de s’intéresser à l’actualité de la région, avant de foncer tête baissée dans un projet devenu un pari risqué, le parc aurait pu aisément éviter une telle déconvenue.

  • SpeedWater se déclare victime d’une « injustice », et France Bleu n’y trouve rien à redire

  Alors M. Temprado, cessez donc de vous poser en victime, les seules vraies victimes d’acte de malveillance, ce sont les otaries que vous comptiez forcer à faire des cabrioles pour gonfler votre chiffre d’affaire.
Vous qualifiez les militants anti-captivité de « minorité [qui] prive une majorité d’un loisir que [vous vouliez] leur proposer. » N’avez-vous donc pas remarqué que l’opposition à l’exploitation des animaux à des fins de divertissement ne cesse de croître ?
Ceci étant, vous indiquez vous-même que ce que vous qualifiez de « minorité » est responsable de « dizaines et de dizaines de messages qui arrivent en masse »… un nombre conséquent de messages donc, suffisant pour vous faire changer d’avis sur l’ouverture de cette attraction, annuler « une organisation prévue depuis un certain temps » et « refaire toute [votre] campagne publicitaire ».
Il est cependant triste que votre dernier soubresaut soit consacré à décrédibiliser, par un discours frisant la calomnie, les militants, plutôt que d’indiquer que vous êtes sensibles aux avis du public sur les activités proposées par votre parc.
Quel amer constat d’entendre, qu’à défaut de bien-être animal, vous vous souciez (sans doute un léger lapsus ?) de « bien-être de l’organisation ».

  Quant à vous, France Bleu, par pitié, élargissez votre regard journalistique au discours des médias nationaux, aujourd’hui clairement positionnés contre l’exploitation des animaux à des fins de divertissement. Gardez à l’esprit que ce marché a entamé son agonie, que les mentalités évoluent et que les temps changent.
Comme l’a très justement souligné Yvon Godefroid (lui-même journaliste, et farouche opposant à la captivité), dans les commentaires de cet article du blog Stop Marineland Antibes, à l’adresse d’un confrère de chez Nice Matin : «N’écrivez pas des choses dont vous aurez grande honte dans 5 ou 10 ans et dont on vous fera reproche.(…) Anticipez ! »

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2 réflexions sur “Le parc aquatique SpeedWater annule son spectacle d’otaries : le directeur pleurniche sur l’épaule de France bleu

  1. Bonjour et merci pour votre article que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt,

    En effet dès ma découverte d’un nouveau spectacle aquatique avec des otaries dans ce parc, j’ai rapidement alerté la famille P.A par l’intermédiaire des réseaux sociaux.

    Une Cyber action a été lancée demandant aux militant(e)s de se mobiliser (mail, téléphone), sur leur page FBook en demandant de ne pas proposer ce spectacle.

    J’ai clairement demandé de ne pas être agressif ni menaçant à l’encontre de ce Parc, et je suis persuadée que la plupart des appels ont été très courtois.

    Malgré cette action le Parc a déclenché une campagne d’affichage très importante présente un peu partout sur la zone commerciale, pensant que nous étions sans doute qu’une bande de rigolos.
    Une déclaration en préfecture était programmée et une date au 30 juillet avait été arrêtée pour une manifestation pacifique mais importante.
    Tant pis pour les 20 000 euros de perte engagé pour leur campagne publicitaire.

    J’ai appris hier matin en direct en écoutant France Bleu que le Parc prenait la décision d’arrêter ce spectacle.
    Je suis donc très satisfaite et bien plus motivée encore pour toutes les autres actions à venir.

    Nous avons l’habitude de nous faire traiter d’activistes, de personnes agressives, de vegans extrêmes, de rêveurs pour employer les termes les plus courtois , la presse n’est pas de notre côté dans les différents combats et bien souvent ne relate pas les faits, la preuve encore dans cet article de France Bleu.

    Peu importe, petit à petit le public ouvre les yeux sur la condition animale grâce à toutes les Associations et les mouvements qui luttent pour faire changer les choses.

    Comme vous le dites si bien à l’encontre de France Bleu « élargissez votre regard journalistique » !! bien d’autres médias encore à la solde de grands lobbys auront honte le jour où tout cela cessera.

    Amicalement
    Corinne
    Pour l’Océan

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