La réhabilitation des orques captives : L’avis d’un expert, Pierre Robert de Latour

Pierre Robert de Latour en plongée

Dans cet article complémentaire de celui sur la réhabilitation de Keiko, Pierre Robert de Latour apporte son point de vue d’expert sur la réhabilitation des orques captives dans leur milieu naturel, y compris les orques nées en captivité.

Apnéiste et spécialiste français des orques sauvages ( 3 700 interactions réussies avec des orques sauvages à ce jour), président fondateur de l’organisation Orques Sans Frontières, Pierre Robert de Latour présente à la rentrée le documentaire Le Peuple des Orques en France. L’avant-première aura lieu le 2 Octobre au Grand Rex à Paris, avec la présence annoncée du Capitaine Paul Watson, à la tête de l’ONG Sea Shepherd (organisation activiste de premier plan dans la lutte pour la préservation des océans et de ses habitants).


« L’exemple de Keiko nous prouve que la réhabilitation des orques est possible. Bien sûr les parcs animaliers prétendent que ce fut un échec. Et on comprend bien pourquoi. La réussite de ce programme ouvre la porte à la réhabilitation à l’ensemble des orques captifs.

La première des choses à faire est de définir l’objectif d’un tel programme. Souhaite-t-on accompagner l’orque jusqu’à une autonomie alimentaire ou bien veut-on le voir aller jusqu’à un retour dans une famille existante ?
Pour ma part, il est plus réaliste de se fixer comme objectif le retour à l’autonomie alimentaire. Et laisser l’orque décider de l’endroit où il souhaite se fixer.
Le programme proprement dit ne peut avoir qu’un objectif, l’intérêt de l’orque et seulement l’intérêt de l’orque. Toute autre considération est à exclure.
Il faut beaucoup de place pour que l’orque retrouve un semblant de vie « normale » et puisse recouvrir des capacités physiques éteintes par la captivité. L’endroit où il sera stationné pour recevoir ce programme revêt une importance primordiale. Ce lieu devra se situer dans des eaux froides, riches en ressources, à l’abri des intempéries pour le filet, à l’abri d’une fréquentation humaine trop importante.
Fréquenté par des congénères en action de chasse sur la ressource serait un plus.

J’ai localisé quelques endroits sur la planète présentant ce profil et susceptibles de convenir.

L’ensemble des orques captifs peut postuler à un tel programme. Contrairement à la propagande disséminée par les parcs, même les orques nés en captivité sont candidats.
Ils sont de formidables prédateurs, doués de capacités d’apprentissage et d’imitation incroyable, capables d’inventer des stratégies de prédation. Ils ont été sélectionnés par des millions d’années d’évolution pour être le prédateur apex des océans. Quelques années de captivité, voir même une ou deux générations n’affectent pas ce principe. Inverser le processus du renforcement positif mis en place par les dresseurs ne sera pas facile, mais qu’on nous laisse essayer, nous réussirons.

Ma seule réserve et je le regrette fort concerne Tilikum. Pour moi, le point de non-retour a été atteint et dépassé en ce qui le concerne. J’ai pris la décision de ne pas travailler avec lui si cela devait se présenter.. Tili est un cas à part. Je suis mortifié de juste dire quelque chose comme ça mais il faut bien comprendre qu’un tel programme se doit de réussir. »

Au sujet de Tilikum, le spécialiste ajoute :
« Il y a une probabilité non nulle pour qu’il s’en prenne a nouveau a un humain si l’occasion lui en est donnée. Ça n’est pas une certitude mais cette éventualité rend la réhabilitation problématique. Il n’est pas question de mettre la vie d’autrui en danger même si on peut comprendre pourquoi Tili est comme ça aujourd’hui. »

Pierre Robert de Latour


Ce message est porteur d’un réel espoir concernant la réussite des réhabilitations, y compris pour les orques nées en captivité, contrairement encore une fois à ce qu’affirment ceux pour qui la captivité représente un intérêt financier énorme : les parcs aquatiques.

A ce stade de la prise d’information, quand on réalise l’énorme divergence entre les propos des militant anti-captivité (basés sur des témoignages d’experts en observation des cétacés, des recherches en neurologie, des témoignages d’anciens dresseurs, entre autre) et le discours  habituel des parcs aquatiques (basé sur des affirmations souvent grossièrement fallacieuses, ou des cautions pseudo-scientifiques émanant de groupe de recherches financés par les groupes qui possèdent les parcs aquatiques, ou de vétérinaires salariés par ces mêmes parcs), si certains s’interrogent encore sur le côté où se trouve la vérité, il convient seulement de se poser la question des intérêts de chacun.

L’unique préoccupation des militants est le bien-être des animaux. Celle des (souvent grosses) entreprises que sont les parcs aquatiques, y compris le Marineland d’Antibes, est la rentabilité et le profit. Profit généré par le nombre d’entrées qu’ils vont réaliser.

Dans une société consumériste comme la notre, c’est le consommateur qui a le pouvoir. Celui qui décide, ou non, d’acheter un ticket pour le Marineland d’Antibes et ses confrères est celui qui décide de cautionner cette souffrance animale, et d’en être le complice, ou de s’élever contre.


Merci à Anti-Marineland et à Pierre Robert de Latour, pour leur contribution majeure à cet article et à ce blog.


Mise à jour

L’orque Tilikum, qui était détenu au SeaWorld d’Orlando (Floride), est mort le 6 janvier 2017.
Déclaré malade par les équipes du parc depuis mars 2016, il a passé presque toute une année à lutter contre une infection des poumons, d’origine bactérienne, (d’après les équipes du parc) avant de s’éteindre, loin des siens, dans sa prison de béton.
Tilly a été capturé dans les eaux islandaises à l’âge de 2 ans, arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’un bébé. C’est plus de 30 longues années qu’il aura passé au sein de différents parcs, la captivité et les mauvais traitements le rendant psychotique. Il fut placé à l’isolement sous camisole chimique après avoir tué et démembré sa dresseuse.
Toute la presse a relayé la nouvelle de la mort de l’orque.
Quelques exemples :
Le Huffington Post
Le Monde
Libération
Le Parisien
L’Obs – Temps Réel

L’existence misérable de Tilikum est contée dans le documentaire Blackfish, primé à Sundance en 2013. Ce documentaire de Gabriela Cowperthwaite a attiré l’attention de l’opinion public sur les conditions de détentions de cétacés dans les parcs, et a été le point de départ d’un raz de marée qui ne cesse de croître et de submerger ce business autrefois lucratif.
La mort de cette figure emblématique a relancé plus que jamais le débat sur la captivité des cétacés, et sur leurs conditions de détention.

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11 réflexions sur “La réhabilitation des orques captives : L’avis d’un expert, Pierre Robert de Latour

    1. Oui, cela est bien triste, mais il faut tabler sur l’avenir, et mettre un maximum de chance pour que les premières réhabilitations ne soient pas calomnié par les parcs, comme ce fut le cas pour Keiko, et pour ne pas leur donner plus d’arguments que ceux qu’ils rassemblent déjà. De plus, Tilly représente malheureusement un danger potentiel pour les équipes de réhabilitation, parce que psychologiquement détruit par la captivité et avec des antécédents.

      Mais pour l’instant, l’actualité c’est son état de santé. SeaWorld a déclaré qu’il serait très malade, voir mourant.
      Ce qui est loin d’être clair car des activistes l’ont vu participer aux shows de leurs yeux, et ont constaté qu’il semblait plus vigoureux que ce qui pouvait être supposé.
      Est-il vraiment malade (auquel cas ce serait révoltant qu’il continue à être forcé à prendre part aux shows) ou alors est-ce une grossière manipulation de SeaWorld pour se faire passer pour des héros ayant sauvé l’orque qui est très aimé du public (ce qui serait tout aussi révoltant, peut-être même pire car d’une fourberie incroyable) ?

      Au delà de ça, il est certain que personne ne souhaite le voir continuer de végéter dans sa baignoire honteusement minuscule. Les sanctuaires marins, les baies protégées pourraient être un moyen de lui rendre un peu de dignité pour qu’il finisse ses jours de façon éthiquement acceptable.

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  1. Bonjour,
    Depuis un bon moment, une question me turlupine au sujet d’éventuels projets de réhabilitation d’orques captives. Pourquoi ne réutilise-t-on pas les infrastructures qui ont été utilisées pour Keiko ? Je pense en particulier au premier bassin où il a été installé, qui avait été conçu spécialement pour ça, pour lui permettre de s’habituer à un environnement plus naturel, et qui pour permettre aux scientifiques et aux soigneurs de le surveiller dans de bonnes conditions ? Si j’ai bien compris, ce bassin est situé dans un aquarium, qui doit sans doute aujourd’hui l’utiliser pour d’autres espèces, mais sans doute de taille inférieure, et pour lesquelles d’autres bassins doivent pouvoir être aménagés. Accueillir Keiko avait fait une publicité formidable pour cet aquarium. Continuer dans cette veine aurait certainement des retombées très positives aussi pour l’aquarium lui-même, donc même d’un point de vue purement économique, je ne comprends pas que ces installations conçues pour Keïko ne soient pas de nouveau utilisées.
    Avez-vous une explication à me fournir à ce sujet ?

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    1. La question mérite d’être soulevée effectivement.
      Cependant, plus que la question des infrastructures, la question préoccupante est surtout la position des delfinariums, qui sont malheureusement les « propriétaires », selon la loi des Hommes du moins, des animaux.
      Et pour l’instant, leur position est que les réhabilitations se solderont inévitablement par la mort des animaux, « comme pour Keiko » disent-ils, puisqu’ils ne peuvent que dire que sa réhabilitation fut un échec.
      Forcément, car rappeler que Keiko a vécu des années en pleine mer et se nourrissait seul, reviendrait à reconnaitre qu’il est possible de remettre les animaux dans leur habitat naturel… et donc que les delfinariums n’ont aucune justification scientifique ou morale.
      La réhabilitation de Keiko, les scientifiques impliqués le reconnaissent eux-mêmes, ne fut pas exempte d’erreurs, mais quelle première est parfaite ? Car l’entreprise était alors inédite, dans les cas des orques du moins, puisque des dauphins ont déjà été réhabilités en milieu naturel avec succès.
      Aujourd’hui, des protocoles, revus et corrigés, sont en voie d’être finalisés.
      Ne manque que l’accord des détenteurs des animaux, et l’opinion publique évolue en ce sens. Ne lâchons pas !

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