Marineland fait peau neuve pour sa ré-ouverture ?

Spectacle au Marineland d'Antibes - source photo Le Monde
Spectacle de Noël au Marineland d’Antibes – source photo Le Monde

  C’est officiel : Marineland prévoit de ré-ouvrir ses portes au public le 21 mars.

  Si le parc a peu à peu effacé les stigmates des inondations d’octobre 2015, il doit à présent faire  face à de graves accusations de pollution du milieu naturel : l’hebdomadaire Le Point a révélé récemment qu’à la suite des inondations, le parc  a rejeté illégalement des eaux polluées en chlorures et hydrocarbures  dans le ruisseau de la Maïre qui court le long du parc, puis d’un camping et du terrain de nombreux riverains. Cette révélation accablante soulève de nombreuses questions, notamment au sujet des analyses réalisées (ou non) par la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) des Alpes Maritimes lors de la catastrophe. La DDPP annonçait avoir relevé la présence d’hydrocarbures dans le bassin des orques et déclarait craindre que la mort de l’orque Valentin n’y soit liée, qualifiant la qualité de l’eau de « point noir », avant de se rétracter, puis de se murer dans un silence de plomb.

  Selon son habitude, Marineland nie en bloc les accusations et Jon Kershaw, directeur animalier affirme : « il n’y a jamais eu d’hydrocarbures dans le bassin des orques, pas la moindre trace ».
La question du rejet des eaux usées de pompage (mise en évidence  par des analyses réalisées par un laboratoire indépendant et la présence inhabituelle d’une station de pompage reliée au bassin des orques et au ruisseau) est habilement éludée.

La station de pompage Véolia (visible en jaune) installée tout prêt du bassin des orques - extrait du reportage Le Point
La station de pompage Véolia (visible en jaune) installée tout près du bassin des orques – extrait du reportage Le Point

Les dégâts matériels réparés, les questions restées sans réponses mises de côté, Marineland annonce sa ré-ouverture, et de nouveaux spectacles.

  • Nouvelle stratégie commerciale, nouveau discours

  Les inondations d’octobre et la mort de l’orque Valentin ont non seulement braqué les projecteurs de l’opinion publique sur Marineland, mais également relancé le débat sur la captivité des cétacés, cette fois-ci à une échelle nationale : le 13 octobre, Jean-Marc Morandini, dans son émission Le Grand Direct de la Santé sur Europe 1, pose LA question : « Est-ce la place d’une orque d’être enfermée dans un parc aquatique comme celui du Marineland d’Antibes ? ».
Ces fissures dans les pieds d’argile du colosse Marineland ont poussé le parc à changer de stratégie, et à réformer ses spectacles  : plus « pédagogiques » et moins « show ».

Le parc a toujours affirmé que les spectacles étaient indispensables au bien-être des cétacés, mais aujourd’hui, Jon Kershaw, directeur animalier assure, au micro de RTL : « on va éliminer des choses du spectacle qui ne servent à rien : […]passer dans un cerceau, ce genre d’activité, c’est fini. Nous allons éliminer tout le côté show-biz, ce n’est plus du spectacle, c’est une présentation de l’animal, remplie d’émotions et d’informations. »
Un discours nouveau donc, qui condamne implicitement l’ancienne formule, pourtant défendue becs et ongles quelques temps auparavant.

Extrait du dépliant distribué par Marineland à ses visiteurs, lors de l’été 2015, en réponse aux arguments de leurs « détracteurs ». Un article complet et détaillé ici

Malgré ce changement de cap, les spectacles sont néanmoins toujours qualifiés de « produit » par Jon Kershaw , toujours sur RTL. Car Marineland, même s’il s’efforce de le faire oublier, avec une future bande-son « proche des documentaires animaliers », est une entreprise de divertissement et de spectacle.

 

  • Le modèle marketing de SeaWorld

  Le Marineland d’Antibes s’est montré depuis quelques années frileux à évoquer un partenariat indispensable et des similitudes évidentes avec son homologue SeaWorld.
La méga-compagnie américaine détient 3 parcs aquatiques sur le territoire américain, et de nombreux partenariats avec des parcs, y compris européens, comme l’espagnol Loro Parquel’orque Morgan est détenue illégalement et dans des conditions particulièrement exécrables, maltraitée par ses compagnons de bassin (tous loués au parc par SeaWorld).
Mais ces dernières années, à la suite de l’indispensable et accablant documentaire Blackfish, qui dénonce les conditions de vie des orques en captivité, le géant américain s’est écroulé en bourse, jusqu’à perdre 84 % de sa valeur, et fait à présent partie des quatre entreprises les plus détestées par les américains.
Niant avec une désinvolture frisant le ridicule ce « Blackfish Effect », la compagnie annonce un spectaculaire projet d’agrandissement de ses bassins : le Blue World Project, au parc de San Diego (Califonie). SeaWorld assure vouloir ainsi offrir de meilleures conditions de captivité et un plus grand espace de vie, idyllique, à ses orques. Mais lorsque, le 9 octobre 2015, la Commission Côtière de Californie  statue sur le projet d’agrandissement, autorisant les travaux mais avec l’interdiction pour la compagnie d’importer ou de vendre de nouveaux cétacés et de faire reproduire ceux déjà captifs (condamnant par là-même le parc à s’éteindre petit à petit), SeaWorld s’indigne : « la reproduction est une part naturelle, fondamentale et importante de la vie de l’animal et l’en priver est inhumain. » De fait, que la plupart des naissances en bassin soient dues à des unions consanguines ou des inséminations artificielles ne dérange  pas le géant américain des delphinariums qui projette de faire appel de la décision.
Le même SeaWorld de San Diego ne s’arrête pas là. Le parc, où a travaillé (en plus du Marineland d’Antibes) John Hargrove, l’ancien dresseur en chef devenu militant anti-captivité,  a décidé de faire peau neuve et de passer un vernis éducatif sur les cabrioles circassiennes de ses cétacés, mais sans y renoncer.
Cependant, les parcs d’Orlando, en Floride (où est détenu le tristement célèbre et plusieurs fois tueur Tilikum, à l’isolement dans des conditions abjectes), et de  San Antonio, au Texas, ne changeront pas de formules, d’après le porte-parole de la compagnie.

Animal rights activist Kirby Kotler, with his daughter Kirra, 12, from Malibu, Calif., holds up signs as opponents and supporters fill the room during a California Coastal Commission meeting, Thursday, Oct. 8, 2015, in Long Beach, Calif. The commission is considering a vast expansion to the tanks that SeaWorld uses to hold killer whales in San Diego. (AP Photo/Damian Dovarganes)/CADD101/83657266832/1510090047
En attendant le verdict de la Commission Côtière, jeudi 8 octobre 2015 en Californie – Photo Damian Dovarganes/AP/SIPA

Le Marineland d’Antibes suit le mouvement, tout en se défendant d’un parallèle pourtant évident, et d’un discours commercial en tout point identique : plus de pédagogie, moins de show, plus d’information et de prévention, moins de paillettes… et des entrées au rabais.
Et comme son homologue américain, Marineland invoque une réponse à une demande nouvelle du public, et non pas une tentative d’apaiser le feu des critiques et de redorer son image par une ultime pirouette commercialement stratégique.

Voilà pour le programme de la rentrée 2016 du Marineland d’Antibes, mais qu’en est-il des lieux où vont prendre vie ces nouveaux « shows pédagogiques » et se vendre ce nouveau « produit » ?

  • De nouvelles infrastructures plus sécurisées ?

  Si, une semaine après les inondations, le parc assurait que la ré-ouverture ne se ferait qu’après avoir repensé ses infrastructures pour assurer la sécurité de ses animaux et de ses visiteurs en cas de nouvelle inondation (condition évoquée également par la directrice de la DDPP, Sophie Béranger-Chervet), l’annonce flamboyante de nouveaux spectacles ne s’accompagne cependant pas d’indications à ce sujet, pourtant crucial.
En effet, les inondations de octobre 2015 ne sont pas les premières auxquelles le parc a dû faire face. En 2011 notammentJon Kershaw les évoquait : « Cela fait plus de 30 ans que je travaille au Marineland et j’ai vécu (des inondations comme) ça trois fois déjà. Mais jamais à ce point-là ! » Il déplorait 200 000 euros de dégâts, « uniquement pour le système de filtration ». Ce serait donc la cinquième fois que le parc doit faire face à des dégâts dus à un débordement de la Brague (et son affluent la Maïre), qui longe le parc.
Il n’y a rien là d’étonnant : le parc est construit à deux pas de la Méditerranée, en zone inondable, et l’omerta qui règne autour de la délivrance  des permis de construire soulève elle aussi de nombreuses questions.

   Europe Ecologie Les Verts, prend position au sujet de la pollution de l’environnement par le Marineland et sur l’état de ses installations, au lendemain des révélations accablantes du journal Le Point. Le délégué de l’antenne départementale, Laurent Lanquar, s’indigne dans un tweet : »Encore un scandale pour Marineland, il est temps d’arrêter le désastre. » Il demande dans la presse « un audit complet et contradictoire de Marineland, autant sur les conditions de captivité des animaux, sur les enjeux environnementaux de cette activité lucrative, ainsi que sur les mesures prises suite aux inondations » et indique vouloir saisir à ce sujet le préfet des Alpes-Maritimes.

marineland inondé TF1
Marineland inondé – Images TF1

  Marineland a donc annoncé sa ré-ouverture pour le 21 Mars 2016, avec des infrastructures remises en état, des spectacles entièrement repensés, et des tarifs revus à la baisse.
Le parc ne semble par contre guère préoccupé de s’assurer que ses pensionnaires et ses visiteurs, essentiellement des familles et des enfants, y seront enfin protégés des conséquences dramatiques d’une énième catastrophe naturelle subie par l’entreprise.


Mise à jour

L’orque Tilikum, qui était détenu au SeaWorld d’Orlando (Floride), est mort le 6 janvier 2017.
Déclaré malade par les équipes du parc depuis mars 2016, il a passé presque toute une année à lutter contre une infection des poumons, d’origine bactérienne, (d’après les équipes du parc) avant de s’éteindre, loin des siens, dans sa prison de béton.
Tilly a été capturé dans les eaux islandaises à l’âge de 2 ans, arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’un bébé. C’est plus de 30 longues années qu’il aura passé au sein de différents parcs, la captivité et les mauvais traitements le rendant psychotique. Il fut placé à l’isolement sous camisole chimique après avoir tué et démembré sa dresseuse.
Toute la presse a relayé la nouvelle de la mort de l’orque.
Quelques exemples :
Le Huffington Post
Le Monde
Libération
Le Parisien
L’Obs – Temps Réel

L’existence misérable de Tilikum est contée dans le documentaire Blackfish, primé à Sundance en 2013. Ce documentaire de Gabriela Cowperthwaite a attiré l’attention de l’opinion public sur les conditions de détentions de cétacés dans les parcs, et a été le point de départ d’un raz de marée qui ne cesse de croître et de submerger ce business autrefois lucratif.
La mort de cette figure emblématique a relancé plus que jamais le débat sur la captivité des cétacés, et sur leurs conditions de détention.

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