Marineland dans la tempête : Nice Matin à la rescousse de son annonceur

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Photo Sea Shepherd

Après la vague de deux mètres qui a submergé le parc dans la nuit du 3 au 4 Octobre 2015, c’est à une tempête médiatique nationale et internationale que le parc s’est trouvé confronté. Cette vague dérangeante a porté le débat sur les parcs d’attraction animalier que sont les delphinariums à une échelle nationale, et a soulevé de nombreuses questions auxquels le parc n’a peu ou pas répondu, après la catastrophe, et toujours à ce jour. Dans quel état est le parc ? Quelles sont les conditions de vie des animaux aujourd’hui ? Combien d’entre eux sont morts, ou malades ? Lesquels ? Pourquoi ? Quels contrôles ont été réalisés par des organismes gouvernementaux indépendants ?

Que s’est-il passé et que se passe-t-il derrière les portes soigneusement closes du Marineland d’Antibes depuis cette nuit terrible ?

Un mois après les orages, Nice Matin reprend son rôle habituel de fervent supporter du Marineland d’Antibes, un instant délaissé au profit d’une approche plus journalistique et moins promotionnelle. Le quotidien publie sur son site internet un article censé rétablir la vérité sur plusieurs rumeurs qui ont couru sur les réseaux sociaux, concernant l’état du parc et des animaux détenus au sein de celui-ci.
En effet, face à un silence presque total, seulement rompu par quelques informations résolument optimistes, mais contradictoires et vagues, délivrées au compte-goutte, les défenseurs de la cause animale et les fans du Marineland, ont tous pensé au pire quant à la santé des animaux.

Alors, quelles sont les réponses de Nice Matin à ces 4 rumeurs ?

Depuis les inondations qui ont ravagé le parc début octobre, des rumeurs prolifèrent sur les réseaux sociaux. Attention aux fausses informations !

Marineland, on aime ou on n’aime pas. On adhère ou pas. On tolère ou non. A chacun sa philosophie, ses règles. Son éthique. Sa vision de la vie… animale. « En tout cas, dans tout ça, il y a beaucoup de passion. De part et d’autre », constate Hervé Lux, le directeur commercial.

Mise en garde contre les fausses informations. Il est vrai qu’il faut être prudent face aux déferlements de messages affolés devant le silence du Marineland. Le conditionnel et la prudence sont de mise. Précaution qui a d’ailleurs été scrupuleusement observée et rappelée par les divers collectifs et associations qui ont délivré des informations. Informations qui ont été largement reprises par la presse, tout aussi en manque d’informations officielles. On pense notamment aux photos montrant l’état désastreux du bassin des orques, prises par une source interne de l’ONG Sea Shepherd. La même source mentionne également l’isolement de l’orque Wikie, malade et agressée par son frère Inouk (les orques, très stressée par les intempéries, seraient devenues agressives).

50 % de pertes animales ? 

Les jours suivant le drame, on a pu lire des tweets affolés annonçant la mort d’ours polaires ou d’otaries.

La direction du parc a communiqué maintes fois là-dessus. Elle dément ce chiffres qui se répand sur les réseaux sociaux.

Une orque est bien décédée quelques jours après les inondations, à cause d’une torsion à l’estomac.

« Visiblement pas à cause de la qualité de l’eau« , indique Sophie Béranger-Chervet, directrice départementale Protection des populations, qui a mené un contrôle du bon respect de la protection animale à la mi-octobre. « Mais il faut rester prudents. » Pour en être sûrs, il faudra attendre les résultats complets de l’autopsie.

Le lendemain de la catastrophe, le directeur du Marineland lui-même, Bernard Giampaolo (« muté » deux semaines après la nuit d’orage) se montrait très inquiet dans Nice-Matin, et parlait d’un parc dévasté à 90% par les intempéries. Il disait lui-même que les animaux étaient « en danger ».
Puis, Marineland a bien démenti le chiffre. Mais seulement démenti. Il n’a jamais fourni de liste d’animaux morts, se bornant à évoquer de la « casse animale ».
La veille même de la mort de Valentin, Bernard Giampolo  affirmait au même Nice Matin « avoir le sourire », assurant que les animaux se portaient bien. Il concluait par une pique à l’égard des inquiets sur la toile, les accusant de véhiculer de fausses informations en « se cachant derrière des pseudo », et omettant de mentionner la multitude de commentaires angoissés sur leur propre page Facebook officielle (laquelle est efficacement modérée et censurée dès lors que les commentaires ne font pas l’éloge du parc). Aujourd’hui, ces nombreuses questions inquiètes ont été pour la plupart supprimées.

Concernant la mort de Valentin, le rapport complet de nécropsie se fait toujours attendre. Cette « torsion de l’estomac » dont parle ici Nice Matin était en réalité une torsion de l’intestin, et cette information a été délivrée à l’époque (par le quotidien lui-même) au conditionnel et à la suite d’un « premier examen visuel ». Le parc insistait sur la nécessité d’attendre le rapport final de la nécropsie de la dépouille de Valentin, mais Nice Matin est ici péremptoire.
Dans la foulée, le parc a habilement communiqué sur la nécropsie de la mère de Valentin, Freya, décédée 5 mois plus tôt. Sa mort serait dû à une crise cardiaque, alors que le parc parlait à l’époque d’une « longue maladie ».

Quant aux propos de la directrice de la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP), Sophie Béranger-Chervet, ils sont là aussi contradictoires. Dans un premier temps, elle indiquait avoir relevé la présence d’hydrocarbures dans l’eau des bassins, et se disait inquiète quant aux conséquences sur la santé des animaux. Propos largement relayés dans la presse nationale.
Puis, elle a démenti officiellement ces propos, indiquant que ses services n’avaient effectué aucune analyse de l’eau. On peut alors s’interroger sur le déroulement et l’efficacité de ces inspections, réclamées par de nombreuses associations de défense des animaux.
La DDPP s’est borné à ce démenti, sans donner de nouvelles informations quant à la qualité de l’eau et l’état de santé des animaux.

Un ours en liberté ? 

Là aussi, les internautes ont exprimé leur inquiétude sur le sort des ours polaires.

Certains affirmaient que deux ours avaient disparu, d’autres que l’un d’eux était en liberté. C’est faux, bien entendu. Et heureusement ! L’ours est un animal sauvage qui peut se montrer agressif.

Il a fallu attendre plus de 15 jours pour que Marineland communique officiellement au sujet des ours polaires, le 21 octobre 2015, sans toutefois donner de nouvelles du mâle Raspoutine, le troisième ours.
Une inquiétude bien compréhensible devant le mutisme farouche du parc.

Une orque sur le parking ? 

Mis à part la mascotte en métal qui le surplombe, aucun signe d’orque sur le parking…. En revanche, des tortues et des poissons ont bien été retrouvés morts…

C’est une raie qui a été retrouvée morte sur le parking. Des otaries vagabondant au sein du parc ont été vues par des clients de l’hôtel Marineland, et une tortue était introuvable, coincée dans les systèmes de pompages de l’eau. Des animaux bien moins attractifs pour le public. Nice Matin oublie ici les petits animaux terrestres de la ferme Kid’s Island qui ont été balayée par la vague de deux mètres qui a submergé le parc.

Ils vont racheter une orque ? 

C’est faux, pour une raison bien simple : la capture est interdite en France depuis 1970. Il reste quatre orques dans le parc. Marineland travaille à leur reproduction par insémination.

Si les captures sont effectivement interdites en France depuis les années 1970, le parc a été créé la même année. Alors, d’où viennent les premières orques du Marineland ?

Dans le documentaire A Fall From Freedom, on découvre que dans les années 70 justement, SeaWorld commandita des captures discrètes, cacha les animaux pendant parfois des années, tout en négociant avec les organismes gouvernementaux la permission d’importer des animaux déjà capturés pour la reproduction, en indiquant leur provenance comme inconnue. En 1987, une tentative de capture fut démasquée par Sea Shepherd. Au début des années 80, un bassin fut financé et construit par SeaWorld en Islande à Seydisfjordur, d’où les orques étaient expédiés, notamment en Europe.

En outre, le blog  Dauphin Libre (une base de données sur les cétacés très bien informée et mis à jour rapidement, par le journaliste belge Yvon Godefroid) nous apprend que les orques « Sharkane et Tanouk furent capturées en 1989 et arrivèrent ensemble au Marineland d’Antibes le 12 janvier 1990, à une époque où l’importation de cétacés en Europe n’était déjà plus permise. Une dérogation exceptionnelle  fut spécialement octroyée par le gouvernement français à cette occasion. »
Freya, décédée il y a quelques mois au Marineland d’Antibes fut elle aussi capturée en Islande par SeaWorld… en 1982.

Par ailleurs, si les captures sont interdites par la loi en France et aux USA, ce n’est pas le cas en Russie, où des captures d’orques et de bélugas ont lieu ces dernières années. Aucune réglementation n’interdit à ce jour les transfert de cétacés (y compris capturés dans la nature) entre les delphinariums du monde entier, ni les inséminations pratiquées à partir du sperme de ces cétacés arrachés à leur milieu naturel.
Le tristement célèbre Tilikum, détenu au SeaWorld d’Orlando en Floride et géniteur de plus de la moitié des orques de SeaWorld (malgré son comportement agressif envers l’homme qui a occasionné la mort de plusieurs de ses dresseurs et d’un inconnu) a lui-même été capturé en Islande… en 1983.

Le Marineland peut-il donc affirmer « la main sur le coeur » comme aime le répéter Jon Kershaw, directeur animalier du parc, que la provenance de ces orques n’a rien à voir, de façon directe (transferts) ou indirecte (via l’insémination par le sperme d’orques capturées) avec les captures en milieu sauvage ?

Quand on sait par ailleurs que que le parc n’a jamais communiqué sur le père de Keijo, fils de Wikie, et que celui-ci est déclaré inconnu, alors même que la naissance a eu lieu dans les bassins de Marineland, sous les yeux d’une équipe de dresseur, on ne peut espérer aucune transparence de la part du parc concernant la provenance de ses orques.

Les orques restantes au Marineland d’Antibes sont au nombre de quatre : Keijo, Moana, Inouk et Wikie. Keijo et Moana sont les fils de Wikie. Inouk est son demi-frère. Wikie est la seule femelle des bassins. Toutes les orques sont liées par le sang de façon directe et une seule pourra potentiellement donner naissance à un petit pour le compte du Marineland d’Antibes. Par ailleurs, on ne sait toujours rien de l’état de santé de la reproductrice Wikie, durement éprouvée par les inondations et par la mort de son frère Valentin (quand on sait l’importance des liens sociaux et familiaux chez les cétacés, impossible d’ignorer ce paramètre).
Il est donc illusoire de croire que Marineland ne stratégise aucun transfert pour repeupler ses bassins.
En effet, le renouvellement du stock d’orques du parc est problématique : l’espérance de vie des orques en captivité est courte, et la reproduction en bassin loin d’être satisfaisante : les inséminations sont coûteuses, techniquement difficiles et leur succès aléatoire,  les gestations sont rarement menées à terme et la mortalité infantile élevée (notamment à cause des comportements névrotiques développés en captivité : conflits violents entre adultes, rejet de la mère, refus d’allaitement du nourrisson, etc…).
Dans ces conditions, l’avenir de l’entreprise est en jeu, car son principal pilier marketing est la présence d’un grand nombre d’orques dans ses bassins.

L’article de Nice-Matin partait d’une bonne idée en prétendant tordre le cou aux rumeurs qui ont défrayé les réseaux sociaux devant le mutisme presque total du Marineland sur la situation post-catastrophe au sein de ses murs. Mais l’initiative tombe à plat, le quotidien se bornant à appliquer la stratégie de « défense » bien rodée du parc Marineland  : nier et s’indigner.
Seulement, encore une fois, aucune information réelle n’est délivrée, et le peu de contenu est presque entièrement erroné.
Dans le même temps, suivant le modèle de SeaWorld (avec lequel, niant hypocritement l’évidence, il se défend de tout lien, depuis la sortie du documentaire accablant Blackfish), le Marineland d’Antibes annonce vouloir remanier ses spectacles d’orques d’ici sa réouverture prévue à la fin de l’hiver 2016.
Tout comme SeaWorld, le parc affirme vouloir supprimer la musique disco et rock et les applaudissements, pour « suivre les goûts du public qui souhaite se divertir en s’informant » (c’est pourtant ce qu’a toujours prétendu faire Marineland, même avant cette annonce). Jon Kershaw annonce le 6 novembre 2015, au micro de RTL un spectacle moins « showbiz » en éliminant « des choses (« passer dans un cerceau ») qui ne servent à rien ». Le directeur animalier ajoute : « ce n’est plus du spectacle, c’est une présentation d’un animal, pleine d’émotion ». Le parc martèle que ces changements n’ont rien à voir avec l’effet Blackfish et le mouvement anti-captivité.
Ultime pirouette marketing, puisque dans le même entretien, Jon Kershaw qualifie ces nouveaux spectacles de « nouveau produit », rappelant malgré lui ce que le parc s’efforce de faire oublier : Marineland est avant tout une entreprise, sans cesse en recherche de nouveaux profits.

A ce jour, les portes du Marineland d’Antibes sont toujours closes, et les informations concernant l’état de santé des animaux toujours vagues ou inexistantes. Le parc n’a toujours pas communiqué sur les dauphins.

La collecte de fonds, lancée sur le site de crowd-founding Leetchi, pour permettre aux associations C’est Assez et Réseau Cétacés de financer une action en justice contre le Marineland d’Antibes, a été un succès. Les 6.000 euros nécessaires pour couvrir les frais de première instance sont atteints, mais il est possible de continuer à faire un don pour permettre aux associations de faire face à la riposte inévitable de Marineland en seconde instance : https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-reseau-cetaces-cest-assez

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