Le Peuple des Orques : Les orques libres vous parlent sur grand écran

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La salle des avant-premières du Grand Rex était remplie, ce vendredi 2 octobre, pour la première présentation publique du film Le Peuple des Orques, documentaire très attendu des défenseurs des animaux et des passionnés des océans. L’émotion et l’impatience du public était palpable.

Une conférence/débat était organisée à l’issue de la projection, en présence de Pierre Robert de Latour, à l’initiative du projet, et de plusieurs membres de l’ONG Sea Shepherd : Paul Watson, à la tête de l’ONG, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France,  Olivier Dubuquoy, porte-parole du projet Nation Océan.

Différentes associations de défense des cétacés ont participé au financement du documentaire, via les dons de leurs adhérents et une communication assidue : C’est Assez, Dolphin Connection et L214 Ethique & Animaux. Elles tenaient des stands à l’entrée de la salle, et ont exposé leurs projets en cours et à venir lors de la conférence.

Le film s’ouvre sur les paysages époustouflants des fjords de Norvège où s’ébattent en toute liberté les principaux acteurs du film : les orques. Au petit matin, on embarque à bord du M/S Sula pour aller à la rencontre du plus grand prédateur des océans. On écoute Pierre Robert de Latour, spécialiste français de la plongée avec orques sauvages (3 700 interactions réussies à son actif), et président fondateur de l’organisation Orques Sans Frontières, raconter avec émotion sa première rencontre avec une orque libre : une matriarche, baptisée Anna, qui lui a fait le cadeau de le laisser venir à elle.

Entre l’homme vivant sur la terre et la chef du clan nageant dans l’eau, un lien indicible, et presque ésotérique se crée : entre deux êtres si différents, qui ne parlent pas la même langue et qui appartiennent à deux univers que tout sépare, la terre et l’eau, un échange se produit pourtant, la communication est bien là. Dès lors, Pierre Robert de Latour n’aura de cesse de multiplier les approches d’orques sauvages, laissant à ceux-ci le choix d’interagir ou non avec les humains qui souhaitent entrer dans leur monde afin de mieux le comprendre. Ces rencontres donnent lieu à l’établissement d’un protocole strict et respectueux d’approche des animaux marins dans leur milieu naturel, l’USEA (Undersea Soft Encounter Alliance).

En 2005, Pierre Robert de Latour fait la rencontre de Heike Vester, lors du sauvetage d’une orque prise dans un filet dérivant. Heike Vester, biologiste acousticienne allemande, étudie le langage des orques sauvages depuis 12 ans. Elle expose tout au long du documentaire les résultats des analyses de plus de 250 séquences de sons émis par les orques, mises en relation avec les vidéos tournées par Pierre Robert de Latour. Ces séquences ont mis en évidence l’existence d’un dialecte propre à chaque groupe, d’un véritable langage.  Heike Vester a relevé une capacité d’apprendre et de reproduire des sons chez les jeunes orques, et d’une transmission de ces sons par leurs ainés. Ce qui est, chez l’humain, que l’on pensait jusque ici seul maître de la communication acoustique complexe, l’un des pré-requis du langage.

Suivent des images très dures : on voit un bateau de l’ICR (Institute of Cetacean Research), organisation japonaise depuis longtemps pointée du doigt par les ONG de protection des océans, harponner et découper des baleines dans les eaux rougies par le sang, à bord d’un navire estampillé « Recherche ». Paul Watson, président fondateur de l’ONG Sea Shepherd, opposant de longue date à l’ICR, prend alors la parole dans le documentaire pour dénoncer le spécisme dont l’humanité fait preuve à l’égard des cétacés, et de la négation d’une forme d’intelligence « non technologique » mais pourtant évidente. Il évoque l’existence d’une « nation Cétacés », qu’il est impossible de vraiment comprendre pour la simple et bonne raison que « 80 % du temps, nous ignorons ce que les animaux font, car ils sont invisibles. On ne voit que ce qu’ils veulent nous montrer. »

La question est lancée : doit-on continuer à nier l’existence de ce qui nous échappe ? Doit-on continuer à mépriser la partie immergée de l’iceberg alors même que le peu qui nous est accessible nous prouve qu’il existe un monde riche et complexe sous la surface des océans ?

Ce documentaire ouvre la porte sur une réflexion éthique et philosophique : devons-nous considérer Orcinus Orca comme un peuple à part entière ? Si un peuple se définit par la transmission de  langage et de traditions, et des coutumes propres, on ne peut plus nier l’évidence : les orques en sont bien un.

Les lumières se rallument sur cette constatation et sous les applaudissements enthousiastes de la salle. Le réalisateur Thierry Simon prend la parole et rappelle que dès lors que l’on se rend compte que l’on est en présence de culture, de langage et de traditions, alors on parle de Peuple des Orques. Et que la captivité n’est autre qu’une forme d’esclavage et de torture.

Pierre Robert de Latour prend ensuite la parole pour évoquer à nouveau sa rencontre avec la matriarche Anna, lors de ce qu’il appelle « l’âge d’or du Fjord » d’observation, endroit protégé où se regroupaient les harengs pour passer l’hiver. Dans ce havre de paix, il a observé les orques se nourrir, puis jouer après la prédation. Le soir se tenait des réunions de plusieurs groupes, où il indique, sous des tonnerres d’applaudissements, n’avoir jamais observé un seul aileron courbé. Un pied de nez à l’industrie de la captivité qui assure que les ailerons courbés omniprésents en captivité sont un phénomène naturel observable à l’état sauvage. Il revient sur le sauvetage de l’orque lors duquel il fit la connaissance de Heike Vester (l’orque fut baptisé Heiko en souvenir de cette rencontre entre les deux passionnés), en 2005. Il évoque ensuite un phénomène inquiétant qu’il a observé dans les années suivantes : en 2006, les orques arrivaient plus tard dans le fjord, et moins nombreux, pour disparaitre du fjord en 2008. Les eaux s’y étant réchauffées, les harengs et donc les orques n’y séjournaient plus. L’équipe de Pierre Robert de Latour a donc suivi les harengs jusqu’en haute mer pour pouvoir observer les orques, dans des conditions beaucoup plus difficiles. En 2013, un rapport mentionne la présence des harengs plus loin dans les terres, accompagnés des orques et des baleines à bosses, que l’équipe observe lors du tournage du documentaire dans un petit fjord. Pensant au début à une chasse en coopération, ils s’aperçoivent qu’il s’agit en fait d’une rivalité préoccupante qui met en évidence l’appauvrissement des ressources poissonières : les baleines profitent des techniques de chasse redoutables des orques pour manger les harengs rabattus, alors que les orques se contentent de leurs restes.

L’enjeu écologique est soulevé, et Sea Shepherd insiste tout au long de la conférence sur l’importance de la préservation des océans et des baleines dans les enjeux environnementaux actuels : les planctons se nourrissent des déjections produites par les baleines pour produire la moitié du « bon » oxygène de l’atmosphère, soit autant que l’ensemble des végétaux terrestres. La diminution des populations de cétacés a donc des conséquences dramatiques sur l’équilibre climatique. Paul Watson évoquera avec humour les principaux prédateurs des océans : « la vache, le cochon et le chat », dénonçant ainsi les désastres de l’élevage intensif sur l’écosystème des océans.

Olivier Dubuquoy, porte-parole du projet de création de la Nation Océan initié par Sea Shepherd, rappelle que l’océan est nécessaire à la survie de l’humanité, que si les hommes bénéficient de ses ressources, elles ne lui appartiennent pas, et que par conséquent, aucun gouvernement ne peut s’approprier des parcelles de celui-ci comme c’est le cas actuellement.

La Nation Océan sera officiellement inaugurée le 17 Octobre à la Seine Sur Mer (83), en présence de nombreux artistes (Mathieu Chedid, No One Is Innocent, Tryo, Masillia Sound System…), à moins de deux mois de la tenue de la COP21 à Paris.

Revenant au sujet de la captivité des orques, Paul Watson et Pierre Robert de Latour évoquent le statut de « personne non-humaine » qu’on ne peut dénier aux cétacés, et que l’Inde a déjà accordé aux dauphins. La reconnaissance de ce statut aux cétacés leur accorderait légalement des droits. Ainsi, comme l’a souligné Paul Watson, la chasse à la baleine deviendrait officiellement un meurtre, le Grind un génocide, et la captivité de l’esclavage.

Pierre Robert de Latour conclut la conférence en évoquant les besoins physiologiques des orques (nager une centaine de kilomètres par jour, plonger à des centaines de mètres de profondeur, jouer seulement après avoir chassé…) et évoque Kalia, cette orque née en captivité au SeaWorld de San Diego, et dont les vidéos de chasse en bassin (où on la voit appâter les oiseaux en jetant des poissons sur le bord de son bassin) démontre toute l’intelligence, la capacité d’innovation et l’instinct de chasse qui sont présentes chez les orques, y compris les orques nées captives et n’ayant donc, ni appris, ni jamais eu besoin de chasser se nourrir.

La porte est ouverte : un projet de réhabilitation des orques captives est réalisable. Pierre Robert de Latour y travaille activement depuis plusieurs années, cherchant des endroits adéquats où installer les enclos de réhabilitation. Il en a sélectionné plusieurs et travaille actuellement à la rédaction d’un protocole, avec de nombreux spécialistes et passionnés, y compris John Hargrove, ancien dresseur à SeaWorld et au Marineland d’Antibes, devenu fervent militant anti-captivité et témoin de premier plan dans le documentaire Blackfish.

Le 2 Octobre, le Peuple des Orques a parlé au Peuple des Humains. Et ainsi que le dit Pierre Robert de Latour : « Les orques veulent vivre libres, c’est ce qu’ils me disent, c’est qu’ils me chantent, à chaque fois que je plonge avec eux ».
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Le Peuple des Orques part en tournée en France, les dates sont à venir.

L’équipe travaille sur une version pour la télévision.

Au sujet du DVD, la prudence est de mise. Malgré les accords contractuels, la version que le co-producteur IFF Water vient de mettre en vente n’a pas été visionnée et validée par Orques Sans Frontières, et par son président Pierre Robert de Latour, actuellement en expédition en Norvège. Détails ici.

Page facebook du film

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3 réflexions sur “Le Peuple des Orques : Les orques libres vous parlent sur grand écran

  1. Super article. J’aurais tellement aimé assister à cette avant-première. Malheureusement je n’avais ni le temps, ni les moyens de me déplacer. Ce documentaire pose une vraie réflexion sur la nature si particulière des mamifères marins & des épaulards en particulier. On est peut-être en train d’assister à une vraie révolution sur le statut de ces rois de la mer. En tout cas, j’ai envie d’y croire 🙂

    Bises,
    Marion

    Aimé par 1 personne

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