Jon Kershaw (Marineland d’Antibes) face à un média de la protection animale

Le 12 Juillet 2015, devant le Marineland d’Antibes, une manifestation pour protester contre la captivité des cétacés s’est tenue à l’initiative de plusieurs associations de lutte contre la captivité et l’exploitation des cétacés.

La manifestation, dont le mot d’ordre était d’informer le public sur les coulisses des parcs aquatiques, de façon calme et pacifique, a réuni plus de 500 participants.

Sur la liste prestigieuse des invités on retrouve Richard O’Barry, ancien dresseur des dauphins de la série Flipper devenu activiste, à la tête de l’association Dolphin Project (qui travaille notamment à la réhabilitation dans la nature de dauphins captifs), et à l’origine du documentaire The Cove, la baie de la honte, produit par Luc Besson ; John Hargrove, ancien dresseur à SeaWorld puis à Marineland, qui témoigne dans le documentaire Blackfish, plusieurs fois primé ; ainsi qu’un spécialiste de l’étude des orques en liberté, Pierre Robert de Latour, qui revenait tout juste de Norvège où s’est achevé le tournage du film Le Peuple des Orques, dont l’avant-première se tiendra au Grand Rex, à Paris, le 2 Octobre prochain.

Devant les manifestants, John Hargrove et Ric O’Barry – Crédit photo Page Facebook Anti-Marineland

A la suite de la manifestation, le site indépendant d’actualités sur les droits des animaux, Planète Animaux, a réalisé une interview de Jon Kershaw, directeur animalier et porte-parole du Marineland d’Antibes.

Voici donc cette interview dans son intégralité, suivie d’une analyse de chaque réponse donnée par Jon Kershaw.

Marineland : « Il ne faut pas attribuer à un dauphin la capacité intellectuelle d’un homme »

Dimanche 12 juillet 2015, Planète Animaux s’est entretenu avec le directeur animalier du Marineland d’Antibes, Jon Kershaw, après la manifestation qui a réunit plus de 500 défenseurs des animaux devant le parc. Celui-ci travaille sur place depuis 1980, il connaît donc très bien les bassins et leurs pensionnaires. Sans langue de bois, il a répondu à toutes nos questions sur la captivité des cétacés. En marge de cet entretien , il nous a parlé de son chien avec beaucoup d’affection, nous déclarant : «C’est un être humain cet animal ». Dommage qu’il ne voit pas également une proximité similaire entre l’Homme et le dauphin (que de nombreux scientifiques comparent aux grands singes en terme d’intelligence).

Planète Animaux : Plus de 500 personnes ont manifesté devant Marineland ce 12 juillet 2015. Cette manifestation a-t-elle créé des perturbations pour le parc ou dérangé ses clients ?

Jon Kershaw : Ça n’avait vraiment pas l’air de déranger les clients du parc. On a eu zéro question de leur part. On avait préparé des flyers, qu’on a distribué à tous ceux qui venaient nous voir pour avoir plus d’informations. Les manifestants ont fait pas mal de bruit mais je pense qu’ils étaient moins nombreux que prévu. On s’attendait à 1000 personnes mais finalement ils n’étaient que 500. Et puis personne ne comprenait rien en fait, il y avait des orques dans des baignoires, il y avait un peu de tout.

Plusieurs supports visuels (dauphins et orques gonflables dans les piscines, suspension de croix funéraires, une pour chaque cétacé mort à Marineland, photos de cétacés captifs présentant des blessures…) des tracts, un stand d’information tenus par les différentes associations de défense des cétacés présentes, ces différents supports tournant autour d’un seul et unique thème : la captivité et ses méfaits sur les cétacés. Avoir plus d’informations ? Les tracts distribués par les associations présentes étaient pourtant très clairs et complets, il y avait également un tract très bien fait à destination des enfants.

Une minute de silence a été observée et les manifestants portaient un brassard noir en l’honneur de l’orque Freya, décédée au début de l’été à Antibes.

Par ailleurs, si un nombre de 500 personnes semble peu à Jon Kershaw, il s’agit d’une première en France, Ric O’Barry, qui parcourt le monde et intervient sur différentes manifestations, a lui-même salué l’ampleur du rassemblement.

En outre, dans la semaine qui a suivi la manifestation, le Marineland d’Antibes a publié sur sa chaîne YouTube, un ensemble de petits clips donnant leur version des questions soulevées par les tracts et les pancartes. Cette tentative de justification est également une première et a été suivie par d’autres tout au long du mois de juillet (dernière en date, un petit quizz analysé ici).

On observe également une augmentation sans précédent de leur publicité dans les médias locaux et nationaux et les lieux publics (affiches, distribution de prospectus dans les supermarchés…), qui se poursuivra sans aucun doute tout le restant de la saison estivale au vue de la baisse de leur chiffre d’affaires et de leurs bénéfices.

La page Facebook au nom sans équivoque d’Anti-Marineland comptabilise à elle seule 20 000 fans à ce jour, un an après sa création.

A un niveau mondial, les documentaires bouleversants Blackfish et The Cove ont eu de nombreux retentissements.

Dans l’année qui a suivi la sortie de Blackfish aux USA, les actions en bourse de SeaWorld ont chuté de 30 % (l’entreprise enregistre aujourd’hui une baisse de 84% de son chiffre d’affaire et s’écroule à Wall Street) et de nombreuses personnalités du cinéma, de la télévision est de la musique ont pris la parole contre les parcs aquatiques et les massacres de cétacés dans la baie de Taiji, exposés dans The Cove.

Le dernier exemple en date est le chanteur du mondialement populaire boys-band anglais One Direction, Harry Styles, qui a appelé ses fans en plein concert à boycotter Seaworld et s’est associé à l’association de Ric O’Barry, Dolphin Project.

L’actrice Maisie Williams (Game Of Thrones) s’est elle aussi associée au Dolphin Project. Steve-O, vedette de l’émission Jackass, a récemment été arrêté lors d’un happening contre SeaWorld (son deuxième, après celui de l’année dernière à San Diego).

Tout indique que nous sommes à un tournant décisif dans la lutte contre la captivité des cétacés.

Crédit photo : vegactu.com
  •  Captures et soins vétérinaires

Quelqu’un de Marineland est-il allé dialoguer avec ces personnes ?

JK : Non, ça ne sert à rien. Ils nous traitent de menteurs. Mais sachez que si ce qu’ils avancent était vrai, j’aurais manifesté avec eux aujourd’hui, avec tous mes soigneurs ! Ils ne vérifient pas la véracité des informations qu’ils propagent. Déjà, il faut qu’ils arrêtent de parler de captures : il n’y a plus de captures depuis 1989. 90% des manifestants de ce matin n’étaient pas nés la dernière fois qu’un animal à été prélevé pour le parc. Aujourd’hui, 90% de nos animaux sont nés chez nous. Les autres sont des animaux des années 80. Si on avait dit ça ce matin et si on nous avait cru, je pense que la moitié des manifestants seraient rentrés chez eux. Ensuite, on nous parle d’animaux maltraités, est-ce que vous croyez vraiment qu’avec 50 experts dont une équipe de vétérinaires on maltraite nos animaux ? Là encore, les premières personnes à hurler seraient les soigneurs, parce qu’ils sont passionnés par leurs animaux, ils les bichonnent au quotidien.

Jon Kershaw « omet » lui-même de parler de Freya, capturée en 82 et morte au début de l’été (effectivement, plus aucune orque n’est issue de la capture à Marineland, pour l’instant), des dauphins Eclair et Mila-Tami morts au début de cette année (morts non-communiquées avant cette interview, dans une question suivante), et des animaux encore vivants qui sont issus de ces captures.

Il serait bien naïf de penser que l’affaire est close si en France les captures sont aujourd’hui interdites. Tous les parcs du monde travaillent en étroite collaboration, notamment avec les transferts d’animaux. Quelques exemples : Freya fut capturée par SeaWorld puis achetée par Marineland, ainsi que Kim II, Sharkane… : les géniteurs, aujourd’hui morts, des orques actuellement détenues à Antibes.

En outre, rien n’interdit de faire transférer des cétacés issus d’autres parcs qui eux peuvent encore se procurer de nouveaux animaux avec les captures.

Si des lois réglementant la capture des cétacés (lieux, méthodes) existent depuis les années 70, il a cependant été prouvé par de nombreuses enquêtes, dont certaines aboutissant à des procès, que SeaWorld, notamment, faisait preuve d’ingéniosité pour les contourner (comme l’expose l’excellent documentaire A Fall From Freedom), utilisant des méthodes illégales (pour rabattre les animaux notamment, en utilisant des explosifs), camouflant les animaux tués lors des captures, ou en se procurant des animaux à l’étranger, en Islande, au Japon ou en Russie (où va s’ouvrir un parc aquatiques, avec des orques capturés cet été) où la réglementation est  absente ou très facilement contournable.

Ainsi, dans les années 70 en Islande, les parcs ont commandité des captures discrètes, caché les animaux pendant parfois des années, tout en négociant avec les organismes gouvernementaux la permission d’importer des animaux déjà capturés pour la reproduction, en indiquant leur provenance comme inconnue. Une autre tentative en 87 a été démasquée par l’ONG de protection des océans Sea Shepherd. Au début des années 80, un bassin fut financé et construit par SeaWorld en Islande à Seydisfjordur, d’où les orques étaient expédiés, notamment en Europe.

Dans cet article sur les orques d’Antibes, on découvre que la plupart des orques mortes ou vivantes du Marineland, furent capturées en Islande par SeaWorld avant leur transfert à Antibes… vers la fin des années 70 ou au début des années 80, soit après la mise en vigueur des lois réglementant les captures que Jon Kershaw met pourtant en avant. Lois qui furent crées à cause de l’augmentation des captures, avec les ouverture de parcs de plus en plus nombreuses.

Le parc d’Antibes ayant lui-même été crée en 1970, on ne manque pas de s’interroger sur la création d’une entreprise qui dépend la capture des cétacés pour sa viabilité précisément à une époque où une nouvelle législation leur compliquait en apparence la tâche. Un entrepreneur prendrait-il le risque de créer une entreprise si son approvisionnement en matière première périssable (ici, des animaux coûtant des centaines de milliers de dollars à l’achat et plus encore à l’entretien, et mourant précocement) était d’avance compromis ? La loi étant facilement contournable, et les profits faramineux, le jeu avec cette nouvelle législation en valait la chandelle.

L’implication des parcs aquatiques dans les massacres et captures de masses ne fait aucun doute, fût-elle cachée. Un dauphin ou un orque vivant vaut des centaines de milliers de dollars, bien plus qu’un animal mort dont le commerce de la chair à destination de la consommation humaine est à l’origine de graves crises sanitaires, notamment au Japon, où la population ignore pourtant consommer du dauphin (très souvent étiquetée « viande de baleine ») et consomme même de moins en moins de « viande de baleine ».

Rappelons que SeaWorld est le géant mondial des parcs aquatiques, une véritable institution aux USA, et un modèle évident en terme de marketing, de communication et de mise en scène des spectacles, suivi par tous les parcs. Le groupe Parques Reunidos qui détient le Marineland d’Antibes ne fait pas exception, et SeaWorld est un partenaire commerciale direct, ne serait-ce qu’avec les transferts d’animaux.

Enfin, de façon purement pragmatique, au regard du nombre d’individus présents en captivité, et de la mortalité élevée, il est illusoire de croire que les parcs aquatiques pourraient fonctionner en autarcie sans aucun apport de génétique fraiche venue de l’extérieur, et donc de captures, pour bâtir des populations saines et viables, non-consanguines, et ainsi assurer la pérénnité de leur activité.

Au sujet des cautions vétérinaires, on peut questionner l’intégrité et la neutralité de vétérinaires et de soigneurs salariés (qui n’ont pour la plupart aucune formation en biologie marine, encore moins spécifique aux cétacés, les principaux critères de recrutement étant la bonne présentation physique et l’aisance dans l’eau, comme le raconte notamment John Hargrove dans son livre-témoignage Beneath the Surface) par une entreprise privée. Certains vétérinaires vivent ou ont vécu de l’industrie de la capture pour les parcs aquatiques, notamment le Dr. Jay Sweeney, qui a lui-même supervisé et participé à des captures pour le compte de SeaWorld, incluant les captures ayant lieu lors des massacres de masses de dauphins et de pseudo-orques, et notamment à Taiji au Japon (lieu du reportage The Cove), comme exposé dans le documentaire A Fall From Freedom.

Concernant le fait que les animaux soient bichonnés, le reste de cet article développera les différents aspects que revêt ce « bichonnage », notamment l’administration quotidienne et systématique d’antibiotiques, tranquilisants et sédatifs, hormones sexuelles et compléments alimentaires, ce qui n’est pas précisément un signe de bonne santé, sans même parler des traces de blessures auto-mutilatoires ou d’agressions entre les animaux qui sont visibles bien que camouflées au maximum.

Dauphin captif, dans la baie de Taiji
Capture de Tilikum, à l’âge de 2 ans – extrait du documentaire Blackfish
  •  Le bonheur des captifs, la constitution des bassins, la réhabilitation en milieu naturel… et Facebook

«Le bonheur n’est qu’une opinion»

Les manifestants ne dénoncent pas que d’éventuelles maltraitances, ils avancent surtout que les animaux ne sont pas heureux, à savoir que leurs bassins sont trop petits.

JK : Je suis désolé, mais le bonheur ne se mesure qu’au bonheuromètre, et je n’en possède pas. Le bonheur n’est qu’une opinion. Si vous partez du principe que ces animaux sont capturés, maltraités, mal nourris, drogués… alors forcément, ils sont malheureux. Mais si vous partez avec de bonnes informations, qu’ils vivent en famille chez nous, qu’ils sont bien nourris, bichonnés, adorés par leurs soigneurs toute la journée, là vous ne partez pas avec la même opinion. Et les relâchés, on vous en a parlé ? C’est là que les manifestants ne sont pas cohérents du tout, tout ça vient de ce satané Facebook sur lequel on a tendance à croire tout ce qu’on lit. Ils récitent la même chose à chaque fois : «il faut les relâcher». Or, ils viennent de nous dire avec la capture qu’il ne faut pas enlever les animaux de là où ils sont nés et de leur famille, si on les rend à la mer c’est exactement ça que nous faisons…

La définition du bonheur nous dit que « Le bonheur est un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, le stress, l’inquiétude et le trouble sont absents. »

Les lieux de vie en captivité (taille et saleté des bassins, absence d’éléments de décor stimulants dans ceux-ci, température et composition chlorée de l’eau…) parlent d’eux-même pour réaliser leur totale inadéquation aux besoins physiques réels des cétacés.

Quant à la souffrance, l’inquiétude, le stress et le trouble, il suffit d’évoquer les transferts, la constitution anarchique et arbitraire de groupes quand dans la nature les cétacés quittent très rarement leurs familles (et on ne parle pas seulement de leur mère, mais de leurs oncles, tantes, cousins, arrière-grand-mère etc… etc… les pods sont la plupart du temps constitués de plusieurs dizaines d’individus) de toute leur vie. A cette assemblage hétéroclite s’ajoute une grande promiscuité, source de conflits, due à la taille ridicule des bassins.

Ces interférences dans les groupes et cette promiscuité entre les animaux est  une source de conflits, à l’issue parfois tragique. Ainsi, en 1989, au SeaWorld de San Diego, en plein spectacle, l’orque Kandu V attaqua violemment l’orque Corky, et se fractura la mâchoire sous le choc, se brisant une artère. Elle agonisa pendant 45 minutes sous les yeux du public, dans un geyser de sang. Kandu était jalouse de Corky, qui avait un tempérament très maternel, et s’occupait beaucoup d’Orkid, que Kandu allaitait encore au moment de sa mort violente. Dans un pod sauvage, toutes les femelles du pod auraient pris soin d’Orkid, suppléant sa mère, mais Kandu et Corky provenaient de pods différents, se comprenaient mal et ne s’entendaient pas. SeaWorld continuait pourtant de les garder dans les mêmes bassins et de les faire participer ensemble aux spectacles.

Draw My Life de PETA sur la triste vie d’Orkid

En captivité, tôt ou tard, et y compris au Marineland d’Antibes, il y aura des séparations de famille, ne serait-ce que parce que tout les animaux présents présentent un lien familial, qu’il y a sur-abondance de mâles et qu’en captivité, l’inceste (qui est totalement absent dans la nature, et qui est donc une perversion due à la captivité) est monnaie courante.

Shouka, née à Antibes et fille de Sharkane, fut transférée vers un parc en Ohio en 2002, arrachée donc à son « groupe » antibois (la mort précoce de Sharkane et de Kim II, ses parents, peu après son transfert, est communément reliée à la douleur de cette séparation). Elle passa dix longues années dans un bassin minuscule sans jamais voir d’autres orques (elle partagea quelques années son bassin avec le dauphin Merlin avant d’en être séparée), malgré une campagne de protestation demandant qu’elle retourne à Antibes auprès de sa famille (ce qui ne se fit jamais). Face aux protestations du public ému par ses conditions de vie effroyables et sa solitude, et aux pressions médiatiques, elle fut transférée en 2012 au SeaWorld de San Diego, où elle vit désormais une cohabitation difficile avec les autres orques.

Elle devait être accouplée avec Kshamenk, capturé illégalement en milieu naturel, qui devait la rejoindre, ce qui ne se fit finalement pas. Kshamenk survit aujourd’hui seul (parfois en compagnie de deux dauphins ) et dans des conditions épouvantables (bassin minuscule et insalubre) en Argentine, transformé en réserve vivante de sperme.

On ne peut soutenir qu’on s’occupe bien d’un animal, d’autant plus s’il s’agit d’un animal sauvage, si on ne répond pas à ses besoins physiologiques les plus primaires. Même un chien ou un cheval, qui sont domestiqués depuis des millénaires, ont besoin de se dépenser et de courir tous les jours.

Extrait du film Blackfish

La question de la réhabilitation des cétacés captifs dans leur milieu d’origine qu’est l’océan est effectivement une question cruciale. Mais là où Kershaw se plait à prétendre que les militants anti-captivité veulent seulement conduire les captifs jusqu’à la mer et les relâcher sans plus de cérémonie, les militants sont au contraire très conscients des difficultés et très impliqués dans la recherche de solution durables et viables.

La fondation de Richard O’Barry, Dolphin Project, a notamment pour but premier de développer des programmes rigoureux de réhabilitation pour les cétacés potentiellement aptes à retrouver la liberté (plusieurs exemples de réhabilitation réussies prouvent de la faisabilité du projet) et à mettre en place des solutions éthiquement acceptables, tels d’immenses baies en pleine mer, protégées et surtout sans spectacles, où les cétacés nés en captivité notamment, ou ceux trop abimés par la captivité, pourraient jouir d’une retraite en paix et sous surveillance vétérinaire.

Par ailleurs, beaucoup de spécialistes soutiennent que même pour les cétacés nés en captivité, il existe un espoir de leur réapprendre l’autonomie qui pourrait les conduire vers une adaptation à la vie sauvage qu’ils n’ont effectivement jamais connue.

L’avis de Pierre Robert de Latour, spécialiste des orques sauvages, à ce sujet

La cage de réhabilitation en pleine mer des 3 dauphins qui ont retrouvé leur liberté récemment Crédit Photo : The Ministry of Oceans and Fisheries, Seoul City

Il est assez ironique de voir Jon Kershaw se plaindre de Facebook, quand on sait que, sur la page officielle du Marineland d’Antibes, les mots « baignoire » ou « pataugeoire » bénéficient d’un filtre automatique, et que les messages pouvant ternir leur image, y compris ceux au ton courtois ou demandant leur éclairage sur les revendications des opposants à la captivité, sont supprimés et leurs auteurs bannis de la page instantanément. Cette censure sur les réseaux sociaux est pourtant un précieux outil dans leur lutte pour conserver une image idyllique.

  • La taille des bassins et la nécessité de mouvement

Concernant la taille des bassins, qui est, il ne faut pas se leurrer, vraiment petite par rapport à l’immensité de l’océan, comment les orques et les dauphins peuvent-ils y être épanouis ?

JK : Bien évidemment, nos bassins ne seront jamais de la taille de la mer, c’est juste impossible. Mais de grands progrès ont été faits. Quand je suis arrivé, les orques étaient dans un bassin de 2000m3, à l’époque on se disait que c’était normal comme bassin. En 2000, on a voulu mettre le paquet et on leur a fait un bassin de 37000m3 (soit 37 millions de litres d’eau), c’est le plus grand bassin du monde. Bien sûr, ce n’est pas assez grand si vous le comparez à la mer, mais qu’est-ce qui serait assez grand quand vous acceptez le fait qu’un bassin a toujours une taille limitée? Encore une fois, le vrai bonheur ne se mesure pas en mètres cubes, et le fait de faire des centaines de kilomètres par jour n’est pas un plaisir pour les animaux: c’est un besoin, ils doivent manger. Le fait de bouger éternellement est un besoin pour survivre. Ce n’est pas un plaisir.

Kershaw reconnait donc que, quel que soit sa taille, un bassin ne sera jamais adapté aux besoins physiologiques des cétacés. Aucun compromis n’est possible dans ce cas précis, car seul l’océan peut répondre à leur nécessité de déplacements longs et souvent rapides. Encore une fois, le bonheur est donc entre autre de voir ses besoins physiques et psychologiques satisfaits. Les cétacés sont taillés pour la vitesse, et pour parcourir de grandes distances, comme en témoigne l’aspect aérodynamique de leur corps.

La chasse est certes une nécessité physique, mais également un stimulus intellectuel, d’autant que les cétacés élaborent des stratégies de chasse complexes en groupe. Les animaux sauvages sont conçus pour trouver un stimulus intellectuel dans la poursuite de leurs besoins vitaux car c’est de cela que leur survie dépend. La nature a cela de merveilleux que pour la survie de toutes les espèces sans exception, plaisir et nécessité sont intimement liés. Le plaisir de la chasse et de la traque puis de la capture fait partie intégrante du psychisme des carnivores, a fortiori sauvages, que sont les cétacés.

Et cet instinct de chasse reste présent en captivité, y compris pour les animaux qui n’ont jamais connu la vie sauvage.

Credit photo freedolphinsbelgium.wordpress.com
  • Le dressage et la faim

« La vraie motivation de chaque être sur cette planète c’est de réussir»

Comment se passe le « dressage» ?

JK : Il n’est absolument pas question de faire travailler les animaux avec des carottes. Je vais être très honnête avec vous, c’est le genre de bêtises qui ont été faites dans les années 60-70, quand les gens essayaient de trouver une motivation pour faire obéir les animaux. Ils ont arrêté leur choix sur la nourriture, mais pour vous dire très honnêtement c’est un système qui a été abandonné très vite parce que la motivation va avec la faim, et la faim va en descente tout au long de la journée. Le matin la faim marche très bien, à midi ça marche beaucoup moins bien et à 15h ça ne marche plus du tout. Aux Etats-Unis, nous avons rencontré des psychologues, qui nous ont expliqué que la vraie motivation de chaque être sur cette planète c’est de réussir, de comprendre quelque chose et d’être félicité. Et c’est ce système là qui est adopté depuis les années 80, et c’est avec ce système que nous arrivons à faire des spectacles avec nos animaux qui sont demandeurs de réussite.

La motivation va avec la faim. C’est bien pour cela que tous les témoignages d’ancien dresseurs rapportent que les animaux de tous les parcs sont maintenus en permanence en dessous du seuil de satiété, mais également parfois sédatés avant les spectacles pour éviter les débordements comportementaux (comme c’était le cas de Kathy, dauphin star du Grand Bleu), ou encore que les petits sont parfois séparés de leur mère durant le show pour empêcher celle-ci d’être distraite. Le petit étant entièrement dépendant de sa mère, celle-ci doit être en permanence disponible pour répondre à ses besoins immédiats et ainsi assurer son développement. Cette séparation est l’hypothèse avancée pour expliquer l’agression de Kasatka sur son dresseur Ken Peters, en plein spectacle, l’orque ayant été rendu folle de rage par les appels de son petit dans un bassin voisin.

Par ailleurs, un animal, y compris domestique, n’a pour seules motivations que la poursuite du confort et la fuite de l’inconfort. Un animal qui a faim va donc chercher la récompense en nourriture en obéissant au comportement demandé. Quoiqu’il arrive, n’importe quelle méthode de dressage fonctionne ainsi. Pour certains animaux, on arrive à un conditionnement type « chien de Pavlov » où le coup de sifflet/clicker qui fut associé à la nourriture devient en lui-même une récompense. Cela s’appelle le conditionnement, on inculque un réflexe positif (sensation de bien-être liée à la nourriture) à une chose qui à la base n’en est pas une (le coup de sifflet, le clicker). La méthode de dressage au clicker, appelée « clicker training », utilisée chez les chiens et plus récemment les chevaux, a été développée avec des dauphins, mais en tous les cas, la récompense alimentaire est indispensable. Le signal sonore ne permet que d’améliorer le temps de réponse du dresseur au comportement positif et d’espacer les récompenses puisqu’il doit toujours finir par y avoir une récompense au risque que l’animal ne finisse par se désintéresser de l’objet de substitution.

Les dresseurs en spectacle ont de ce fait toujours un seau de poissons à disposition, et l’une des hypothèses concernant la mise à mort de la dresseuse Dawn Brancheau par l’orque Tilikum en plein spectacle, mise en avant dans le documentaire Blackfish, est que l’animal n’a pas supporté que la dresseuse, pourtant à court de poisson (le niveau de remplissage du seau est appréciable par l’animal au vu des sons émis dans le seau par les poissons et la glace), continue à lui donner des ordres, pour assurer le spectacle, sans que l’obéissance du cétacé ne soit récompensée par de la nourriture.

source photo freedolphinsbelgium.wordpress.com
  • Collaborations scientifiques

Est-ce que Marineland collabore avec des équipes scientifiques ?

JK : Bien sûr. Il y a de la recherche en mer, mais elle se limite à compter les nageoires dorsales et à faire des observations. Si vous voulez des informations sur l’animal lui-même, si vous voulez procéder à des prélèvements de lait, d’urine, de matière fécale, si vous voulez faire des expériences sur l’intelligence de ces animaux, sur le système de sonar, il n’y a qu’avec les animaux de chez nous que vous le pouvez, parce que cela demande une coopération de la part de l’animal. Deux études sont en cours chez nous actuellement : le CNRS fait des tests de goût, pour savoir s’ils sont capables de distinguer des choses rien qu’avec le goût, et l’Université de Madrid étudie le mimétisme, pour voir jusqu’où ces animaux sont capables de le pousser. Pour cela, ils ont absolument besoin de nos soigneurs, qui apprennent un mouvement à un animal avant de demander à un second animal de le reproduire. Allez faire ça au large de Vancouver, c’est juste impossible. Tout ce que nous savons sur ces animaux, nous le savons grâce à la science et la science le sait grâce à nous.

Ce que le Marineland sait du comportement des cétacés ne provient donc que des observations qu’ils ont fait au sein de leurs parcs. Cela revient à dire qu’un gardien de prison est tout autant spécialiste et fin analyste du genre humain qu’un psychologue.

Concernant le fait qu’il est impossible d’étudier la communication des cétacés ailleurs que dans des bassins, c’est tout bonnement un mensonge. et c’est un aveu de connaissances et donc de compétences très limitées. L’étude de la complexité du language des cétacés se fait surtout en pleine mer, lorsqu’ils peuvent communiquer tout naturellement avec leurs pods. Affirmer le contraire serait exactement comme soutenir qu’on ne peut apprendre une langue étrangère qu’en l’étudiant en classe. C’est même tout le contraire, une langue étrangère et ses coutumes ne s’apprend pas pleinement au sein d’un cadre artificiel.

Par ailleurs, les études concernant le système d’écho-localisation ou sonar utilisés par les cétacés dans un lieu fermé et exigu sont par nature très limités.

  • L’intelligence et la communication des cétacés

« Il ne faut pas les prendre pour nos cousins, ils sont vraiment très loin de notre niveau d’intelligence »

Vous-même, qui voyez ces animaux au quotidien, que pensez-vous de leur intelligence ?

JK : Ce sont des animaux très intelligents, mais quand même à des années lumières de l’homme. Par exemple, des orques n’auront jamais une conversation comme nous avons une actuellement. Les besoins de cet animal restent relativement primitifs. Ils ont une structure sociale, ce qui dénote un début d’intelligence, mais il ne faut pas les prendre pour nos cousins. Ils sont vraiment très loin de notre niveau d’intelligence. L’intelligence se développe selon l’environnement dans lequel vous vivez. Ces animaux sont difficilement comparables avec l’homme parce qu’ils se développent dans un élément qui n’est pas le nôtre. Ils développent un autre niveau d’intelligence, par exemple au niveau de la communication, ils sont très actifs, ils cherchent des informations, ils observent, ils sont très « aware » de leur environnement. Nous, on arrive à faire passer des informations avec notre langage, et, soyons clairs, c’est quelque chose que ces animaux n’ont pas. Ils ont des sons qui veulent dire certaines choses, ils ont un système de sonar, ils ont des bruits signatures (un petit sifflement qui veut dire « c’est moi », que l’animal conserve toute sa vie et émet quand il arrive dans un groupe). Les bruits émis par ces animaux sont très loin d’être un langage avec une syntaxe et des mots individuels. Il y a en revanche des appels, des chants, des bruits qui veulent dire certaines choses comme « je suis en colère », « je joue », « je ronronne ».

Il convient d’abord de rappeler à Jon Kershaw que l’orque et le dauphin possèdent un cerveau non seulement plus gros que celui de l’homme, mais également plus complexe. La conscience de soi des dauphins est depuis longtemps prouvée par les scientifiques, notamment grâce au test du miroir, ou « test de Gallup ».

Des études tendent également à démontrer qu’ils possèdent également une certaine conscience de la mort, et qu’une capacité de création, avec notamment des créations de bulles dans un but communicatif, de chasse, mais aussi purement récréatif : des cercles de bulles dans lesquelles ils s’amusent à passer le rostre et qu’ils peuvent répéter à l’infini.

C’est d’ailleurs bien cette intelligence-là qui a toujours intéressée les hommes dans un but d’exploitation, les dresseurs des parcs aquatiques, comme l’armée américaine (Ric O’Barry, dresseur des dauphins de la série Flipper, fut d’ailleurs également dresseur de dauphins pour l’US Navy).

Des recherches récentes menées par des neuro-scientifiques sur des cerveaux d’orques ont également mis en évidence la présence d’une zone supplémentaire par rapport au cerveau de l’homme, zone liée au traitement des émotions, laissant présager un traitement des émotions bien plus complexe que celui des humains. Cette théorie est étayée par l’observation de terrain des relations sociales entre membre d’un même pod.

Les scientifiques avancent également l’idée que les cétacés bénéficieraient d’une conscience collective d’eux-même, un « Soi collectif », selon laquelle l’individu ne se définirait justement pas uniquement comme un individu isolé, mais comme le membre d’un groupe. On comprend d’autant mieux la nécessité vitale de rester au sein d’un même pod toute sa vie, et le traumatisme et le mal-être qui découle de la composition anarchique des bassins et des séparations dues aux transferts et aux décès.

Le dresseur des dauphins de la série Flipper, Ric O’ Barry, avait pour coutume d’amener une télévision près du bassin des dauphins quand la série était diffusée, et affirme que les dauphins se reconnaissaient à l’écran et se montraient alors très intéressés par leur propre image.

Concernant la communication, de nombreux chercheurs s’accordent à dire que les cétacés ont au contraire un système de langage très élaboré, composés de sifflements, de grincements, de cliquetis, de modulations, etc…, avec justement des constructions complexes et un son reconnaissable par individu, utilisés par tous les membres du pod, et qui est sans nulle doute l’équivalent d’un nom.

Il a aussi été mis en évidence, notamment chez les orques, que chaque pod avait un dialecte et des coutumes propres, comme n’importe quel peuple terrien.

Soutenir que les cétacés communiquent de façon primaire revient à dire qu’un peuple parlant une langue que nous n’arrivons pas à comprendre ne communique pas réellement, ou encore que des modes de communication particuliers, comme le langage des signes ou les hiéroglyphes, ne sont pas un moyen de communiquer de façon précise et élaborée.

  • Une « taupe » envoyée par Marineland ?

Pour revenir à la manifestation d’aujourd’hui, des manifestants affirment qu’il y aurait eu dans les rangs de « faux manifestants » envoyés par Marineland pour « essayer d’inciter les vrais manifestants à aller perturber un spectacle », que répondez-vous à cela ?

JK : C’est absolument faux, tout notre personnel était à l’intérieur du parc. Je peux vous dire, avec la main sur le cœur, qu’on n’a pas participé du tout à ce rassemblement. Nous avons longuement parlé avec les services de police en amont, qui nous ont très clairement dit qu’on devait rester à l’intérieur de notre propriété, ne jamais aller à la rencontre de ces personnes là, et surtout pas se mêler à eux. Par contre, c’est vrai qu’ils étaient un peu bruyants ce soir. En fin de manifestation il y a eu quelques insultes, ça a commencé bon enfant, mais ça n’a pas très bien fini. Je ne sais pas qui a incité à faire ça, mais bien évidemment qu’ils ne venaient pas de chez nous.

Les associations organisatrices se sont désolidarisées de tout mouvement supplémentaire et spontané qui aurait eu lieu, car le but annoncé de la journée était purement informatif, en accord avec les services des Renseignements Généraux.

Une manifestation supplémentaire, organisée par le collectif Sans Voix PACA, étant prévue le 15 Août, il aurait été maladroit d’encourager toute action pouvant compromettre cet évènement prochain.

Concernant le bruit, il s’est limité à une sono peu puissante pour les discours, et quelques applaudissement épars. Il est par contre vrai que beaucoup de voitures qui passaient ont manifestés leur soutien en klaxonnant. Les entrainements et les spectacles en tout cas n’auront certainement pas été perturbés, les bruits de ceux-ci (cri des animaux, sifflets) étant audibles depuis le lieu du rassemblement.

Par ailleurs, dans les semaines qui ont suivi la manifestation à Antibes, la compagnie SeaWorld a été accusée par la PETA d’avoir envoyé des infiltrés dans les rang de l’association pour inciter à commettre des actions violentes afin de décrédibiliser le mouvement. Seaworld a licencié l’employé en cause dans la foulée, dans un bel écran de fumée qui a cependant confirmé implicitement l’accusation. Les méthodes de marketing et de communication étant similaires entre le géant américain et Marineland, la possibilité d’une action similaire à l’initiative du Marineland d’Antibes, même si elle reste à prouver, n’est pas une hypothèse si délirante que cela.

  • L’espérance de vie en captivité

L’un des arguments avancé par vos opposants pour dire que les cétacés ne sont pas bien en captivité, c’est le fait que leur espérance de vie est beaucoup moins importante en captivité que dans la nature…

JK : Si un dauphin ne vivait que 7 ans chez nous, on n’arriverait jamais à renouveler suffisamment leur population pour être autonomes. Ils n’arriveraient jamais à maturité sexuelle et on n’aurait jamais de bébés ! Par ailleurs, des études faites dans la nature ont établi que l’orque peut vivre jusqu’à 103 ans, mais je vous rappelle qu’un être humain peut vivre jusqu’à 122 ans, alors que la moyenne est de 76 ans. C’est donc complètement ridicule de dire que leur espérance de vie est de 103 ans, et ce n’est pas vrai. L’orque qui a vécu jusqu’à 103 ans est citée dans de nombreuses études, mais ils n’ont commencé à suivre cet animal qu’en 1976, c’est la première fois que le chercheur qui l’a étudiée l’a vue. C’est lui qui a déclaré qu’alors cet animal avait 68 ans, mais je n’ai pas la moindre idée d’où il a sorti ce chiffre… Car contrairement à la captivité, personne n’a vu naître cet individu. Comment alors être sûr de son âge véritable ? Des études sérieuses ont été faites dans le milieu sauvage, l’âge moyen publié le plus récemment est de 17 ans pour les mâles, et jusqu’à 30 ans pour les femelles. Je suis plus en accord avec ces dernières données. C’est un grand débat mais je peux vous dire qu’ils vivent leur vie pleinement, et jusqu’à un bel âge, chez nous.

Les études soutiennent que la moyenne d’âge de vie en milieu naturel pour les orques est de 40 à 90 ans, suivant le sexe. L’espérance de vie maximale est de 103 ans, il est vrai qu’il ne faut pas confondre. La fameuse Granny dont parle ici Kershaw est effectivement la Jeanne Calment des orques, la preuve que c’est possible, un certain record. Cela dit voir un tel écart entre l’âge maximum atteint en captivité et l’âge maximum atteint en milieu naturel est pour le moins troublant. Ce qu’affirme ici Kershaw revient à dire que, même si les hommes peuvent atteindre l’âge de 120 ans mais vivent en général jusqu’à 80 ans, si la plupart mourraient à l’âge de 40 ans, cela serait normal.

Par ailleurs, les orques libres sont fécondes jusqu’à l’âge de 40 ans et continuent par la suite d’être un élément essentiel de la survie du pod, soit à un âge où, toujours selon Kershaw, elles seraient déjà mortes depuis bien longtemps.

Quant aux méthodes utilisées pour mesurer l’âge d’une orque, il est naïf de croire qu’il est possible de connaitre l’âge d’une orque uniquement en la voyant naître. Bien sûr cela reste approximatif, mais des moyens de mesures concrètes et corporelles existent, notamment en fonction de la taille de l’animal, ou encore de l’état des dents. Il est vrai que cela n’est pas très précis passé un certain âge, par contre, en remontant les arbres généalogiques et en fonction du rythme de reproduction naturel des orques et de l’âge de maturité sexuelle, en recoupant tout cela on peut obtenir des données assez fiables, à plus ou moins 3 ans près.

On estime donc l’espérance de vie moyenne des orques femelles à un peu plus de 50 ans et le maximal de 80-90 ans. Pour les mâles, en moyenne 30 ans pour 50-60 ans au maximum. Ce sont donc des statistiques.

Par ailleurs, ces dernières années, il faut prendre en compte l’augmentation de la pollution des océans et l’appauvrissement des réserves de poissons, car cela influe certainement sur la mortalité, mais toujours sans aucune mesure avec la vie en captivité.

Granny, 103 ans et en pleine forme Crédit photo thedodo.com
  • L’avis de Marineland sur le documentaire Blackfish

Blackfish : un défouloir pour licenciés

Avez-vous vu le documentaire Blackfish ? Qu’en avez-vous pensé ?

JK : Exactement tout ce que je viens de vous dire. Et il y a autre chose qu’il ne faut pas oublier : nous, nous connaissons les gens qui parlent, on connaît leur réputation, on sait pourquoi ils ont une dent contre notre métier : c’est parce que pour la plupart, ils ont été licenciés. C’est le cas d’un certain monsieur Hargrove (ndlr : le témoin principal dans Blackfish). Sur Internet, il a dit tout et son contraire, ce monsieur a le nez qui pousse à chaque fois qu’il parle, moins crédible que lui ça n’existe pas !

Ainsi donc, 1h45 de documentaire salué par la critique et primé au festival de Sundance, basé sur de nombreux témoignages dont notamment l’inspection du travail américaine, l’OSHA, les spectateurs témoins des scènes où les dresseurs ont été tués ou blessés par une orque ainsi que ceux des familles des victimes, est donc réduite à un conflit de personnalité entre Kershaw et Hargrove (qui fut licencié par Marineland ce qui peut légitimement remettre en cause la cordialité de leurs relations, y compris du côté Marineland). Par ailleurs, il y a également beaucoup de cas démissions chez les dresseurs qui pourtant réalisaient un rêve d’enfant en travaillant dans les parcs aquatiques.

En tout les cas, les raisons du licenciement n’ont pas été évoqués par Seaworld, ni par Marineland. On peut légitimement soupçonner un désaccord entre dresseurs et la direction exprimé un peu trop fort et un peu trop souvent. Ce malaise et cette loi du silence pesants sont dénoncés par plusieurs anciens employés. Question mensonges et déformation de la vérité, les affirmations frauduleuses habituelles de M. Kershaw, notamment dans cette interview, permettent de s’interroger sur sa propre maîtrise en la matière.

John Hargrove – Credit photo reseaucetaces.fr
  • Folie et reproduction : « La captivité est un état d’esprit »

Vous ne pensez pas que la captivité puisse rendre fou un animal ?

JK : Comment ferions-nous, si vraiment ils étaient rendus fous par la captivité ? Des animaux fous moi je n’approche pas du bassin ! Ils sont nés chez nous, elle est où la captivité ? Il n’y a pas de privation de quoi que ce soit, il y a privation lorsque vous êtes conscient de ce qui se passe à l’extérieur, donc ils ne peuvent pas avoir de privation. Ils font des petits, ils font naître des bébés dans ces conditions. La nature a une soupape de sécurité chez les femelles qui empêche les bébés de naître dans des conditions défavorables, une femelle battue, malheureuse, etc, elle ne cycle pas. Une femme non plus. Vous dérangez suffisamment une femme avec son boulot, avec son mari, etc, il y a des cycles qui sont troublés. Mais ce n’est pas le cas chez nous, elles cyclent régulièrement, elles font des petits, elles les élèvent, elles sont comblées et les petits sont nés dans des conditions qu’ils estiment naturelles, parce que culturellement tout ce que vous apprenez de maman devient naturel. Je ne vois aucune souffrance. La captivité de toutes façons est un état d’esprit.

Jusqu’à récemment les soigneurs avait encore le droit de nager avec les orques. Depuis l’affaire Tilikum qui a tué à plusieurs reprises des humains et notamment plusieurs de ses dresseurs, ainsi que d’autres mises à jour d’affaires d’agressions physiques mortelles ou très graves (fractures multiples, lacérations…) jusqu’alors soigneusement étouffées, y compris au Marineland d’Antibes, la loi l’interdit. La barrière physique de l’eau et des grilles limitent leurs mouvements. Tout comme n’importe quel animal sauvage dans n’importe quel zoo, pour la sécurité de leurs soigneurs qui n’interagissent jamais en contact direct et sans protection y compris avec les herbivores.

Par ailleurs la folie ne s’exprime pas que par de l’agressivité, mais également par de la dépression. Tous les cétacés captifs présentent des signes de dépression, et pour beaucoup d’agressivité : comportements auto-mutilatoires, prostrations, échouages, agressions entre individus, maladies physiques diverses…

Concernant la reproduction, là encore, il suffit de prendre l’exemple des usines à chiots où les chiennes sont entassées dans des cages et font portées sur portées. Ou encore, sur l’espèce humaine, dans des cas de jeunes filles séquestrées et violées pendant des années qui ont mis au monde des enfants issus de ces viols, dans les mariages arrangés qui se finissent de façon tragiques, ou bien des enfants d’esclaves issus de viols, etc… Les exemples abondent dans toutes les espèces, cela n’a rien de significatif.

A ce sujet, il est également intéressant d’évoquer le fait que à l’état sauvage, les orques n’ont pas de petits avant l’âge de 14-15 ans, et n’en mettent au monde que 5 en moyenne, car un petit est totalement dépendant de sa mère pendant plusieurs années. Chez les dauphins, cette dépendance est d’environ 5 ans.

Il est très difficile de suivre la généalogie des orques et des dauphins du Marineland d’Antibes, car le parc ne communique que des informations partielles à ce sujet. Freya, l’orque issue de la capture et morte récemment au Marineland d’Antibes, fit sa première fausse couche à l’âge de 10 ans, qui fut suivie d’une autre, avant de donner naissance à Valentin à l’âge de 15 ans. Elle subit également d’autre fausses couches.

Par ailleurs, la quasi-totalité des reproductions actuelles sont le produits d’inséminations artificielles, elles-mêmes facilitées par l’administration d’hormones augmentant la fertilité.

A signaler également que beaucoup d’orques et de dauphins sont donc consanguins à des degrés variés, la dernière naissance de Marineland ne fait pas exception, puisque Keijo (référence maladroite à Keiko, l’orque star du film « Sauvez Willy« ) est né de Wikie et probablement de Valentin, lui-même demi-frère de Wikie.

Le taux de mortalité infantile et de fausses couches est très élevés, et les services communication taisent les gestations et se gardent d’annoncer les naissances trop tôt, notamment aussi car les femelles continuent d’assurer le spectacle jusqu’au terme. D’ailleurs le nom du père est rarement communiqué par les parcs. Il est cependant possible de retrouver les généalogies, les naissances et les décès, grâce à la base de données Ceta-Base, et pour la France précisément Cétacés.online, qui recensent les cétacés captifs.

Cependant, ces chiffres restent des approximations car reposant sur les données accessibles au grand public, et par conséquent probablement incomplètes.

Concernant les capacités maternelles des orques captives, beaucoup de mères délaissent leurs petits et ne s’en occupent pas, ce qui est d’ailleurs le cas de beaucoup d’animaux sauvages en captivité. Cela est notamment dû au fait que les mères, capturées très jeunes ou nées en captivité, n’ont pas appris de leur propre mère, de leurs tantes, de leurs cousines, etc… comment s’occuper d’un petit, comme ce serait le cas à l’état sauvage, où toutes les femelles du pod participent collectivement à l’éducation et à la protection des petits.

Crédit Photo freedolphinsbelgium.wordpress.com
  • « Il ne faut pas attribuer à un dauphin la capacité intellectuelle d’un homme.[…] L’ennui, ça c’est le malheur »

Admettons que vous naissiez dans un studio de 30 mètres carrés, vous ne voyez rien d’autre, vous y passez votre vie : vous n’aurez eu aucun comparatif mais vous allez devenir fou là dedans ?

JK : C’est totalement incomparable. Je vous ai parlé de l’intelligence des animaux, là vous pratiquez l’anthropomorphisme. C’est absolument incomparable à l’homme. Si je vis dans un studio, j’aurai accès à beaucoup d’informations, au monde entier, je saurai, par la télé, par la radio, par Internet, ce qui se passe dehors. Les gens qui vivent au fin fond de la Russie voient très bien ce qui se passe dans le reste du monde, ils sont malheureux dans leur trou. Mais pas un dauphin, qui n’a aucune connaissance du monde extérieur parce qu’il ne sait pas qu’il y a un extérieur. Il ne faut pas attribuer à un dauphin la capacité intellectuelle d’un homme, c’est pour ça que je met le holà au niveau de l’intelligence. C’est un animal, il faut que nous restions raisonnables à ce niveau. Ceux qui peuvent dire que les animaux sont bien ou pas bien sont ceux qui les côtoient quotidiennement. On ne les voit pas se taper la tête contre les murs, ni essayer de ce suicider… Vous savez jusqu’où vont les activistes ? J’ai vu une photo publiée d’un dauphin échoué chez nous, parce que nos dauphins s’échouent, ils jouent sur les plateformes. Les activistes avaient écrit que c’était une tentative de suicide, non mais franchement ! Si on devait sauver nos animaux du suicide quotidiennement, on n’aurait plus d’animaux dans une semaine, c’est du grand n’importe quoi ! Il n’y a pas de malheur chez nous, je côtoie les animaux quotidiennement, et je vois le bonheur avec lequel ils participent aux spectacles. Par contre, si il n’y avait pas les soigneurs, là ça serait terrible. Parce que si il n’y avait pas la gymnastique cérébrale apportée par les soigneurs… l’ennui, ça c’est le malheur.

Encore une fois, il suffit d’évoquer les conditions de vie en captivité et de les comparer à celles à l’état sauvage pour se rendre compte qu’aucun substitut n’est satisfaisant pour répondre aux besoins physiques et intellectuels des orques. Kershaw continue de soutenir qu’en captivité il n’y a ni blessures, ni comportements suicidaires et que les comportements névrotiques (ingérer le béton des bassins, avaler du sable, hyper-sexualité, comportements auto-mutilatoires…) ne sont pas quasi-systématiques, et ce malgré les nombreuses photos, vidéos et témoignages publiés sur internet.

Concernant l’échouage, certains cétacés ont développé une technique d’échouage dans le but de capturer des animaux terrestres, mais c’est une pratique risquée et spécifique à certaines populations. La plupart du temps, l’échouage concerne les animaux déjà morts en mer et rejetés sur le rivage, et concernant les animaux vivants, cela reste une anomalie, heureusement assez rare : manoeuvre ratée d’un jeune lors de la chasse, animal malade ou rejeté, troubles de l’orientation liés à une défaillance du système d’écho-guidage ou une intervention humaine lors de chasses où les dauphins sont affolés et rabattus vers le rivage.

Il est d’ailleurs totalement aberrant de penser qu’un animal aquatique qui craint physiquement la chaleur et le soleil soit pris d’envie de se faire bronzer, comme les employés des parcs aquatiques le soutiennent parfois, ou comme Kershaw le dit ici, qu’ils « jouent sur les plate-formes » : un cétacé joue à surfer sur les vagues ou à faire des bonds, et ne le fait pas pour obtenir sa nourriture, mais une fois le ventre plein.

Les dents de Wikie (qui n’a pourtant que 14 ans), détenue au Marineland d’Antibes, et son menton blessé
  • Les morts du Marineland

Pouvez-vous nous donner des nouvelles des dauphins Eclair, Mila-Tami et Alizé, que certains estiment disparus ?

JK : Eclair est mort en février 2015 d’un cancer de la prostate, Mila-Tami en janvier 2015 d’une occlusion gastrique provoquée principalement par des matières végétales. Alizé est toujours là, dans le bassin à spectacles, je viens de lui dire au revoir avant de partir. Quand vous travaillez avec un animal qui vit moins longtemps que vous, forcément, un jour ou l’autre, vous avez à faire à la mort. Nous avons chez nous plus de 3000 animaux, donc il y a des morts tout le temps. Le taux de mortalité chez nous est de 100%, inévitablement. Mais personne ne vous parle des 5 naissances que nous avons eu l’année dernière…

Il aura donc fallu attendre 7 mois et une question directe pour avoir un éclairage sur ces morts, qui sont d’ailleurs loin de sembler naturelles même sous leur raison officielle : cancer et occlusion intestinale (un dauphin qui a accès et qui absorbe autre chose que du poisson ?)

Si Kershaw se félicite des 5 naissances d’animaux qui ont eu lieu dernièrement au Marineland d’Antibes (incluant probablement celle de Hope, qui est un ours polaire, né donc sur la Côte d’Azur, ce qui est pour le moins incongru) et confesse du bout des lèvres les morts d’Eclair et de Mila, il omet par contre d’évoquer la mort à 35 ans de Freya, dernière orque capturée en milieu naturel à Marineland et principale reproductrice, de parler des nombreuses fausses couches et de la mortalité infantile.

Quand aux naissances, elles sont déplorées par les activistes car elles ne témoignent de rien concernant le bien-être des animaux, mais bien des inséminations, des transferts probables (consanguinité et sur-abondance de mâles), ainsi que la présence d’un captif de plus pour la réhabilitation de qui militer.

Encore une fois, l’âge normal de mort des cétacés étant très proche du notre, et en tout cas bien plus élevé que la durée de la carrière d’un employé de Marineland, il est pertinent de se questionner sur le fait de faire face à la mort d’autant de cétacés au sein d’un même parc et d’une même carrière.

Marineland a été crée en 1970, soit il y a 40 ans, et le premier SeaWorld (principal partenaire) a ouvert en 1964, soit il y a 46 ans. Sachant que les cétacés capturés en milieu naturel le sont toujours très jeunes (parfois même avant d’être sevrés) pour des raisons pragmatiques de coût de transport (moins élevés car l’animal est plus petit), le calcul est très simple à faire.

D’après les données accessibles au grand public, Marineland compte à ce jour 37 cétacés morts dans le parcs, contre 18 naissances. Sur 29 animaux capturés dans la nature, 3 dauphins seulement sont encore en vie. Plus aucune orque.

Le 15 août, une nouvelle manifestation contre la captivité de cétacés aura lieu devant le Marineland d’Antibes, organisée à l’initiative du collectif Sans Voix PACA 06. A noter que la manifestation devait se tenir de 9h à 17h, comme celle du 12 Juillet, en accord avec la Préfecture, et comme tous les ans, et que les horaires ont été cantonnés à l’après-midi cette fois-ci (avec une marche d’une demi-heure en mémoire de Freya). Peut-être sous pression du Marineland d’Antibes devant l’ampleur de celle de juillet…


Mise à jour

L’orque Tilikum, qui était détenu au SeaWorld d’Orlando (Floride), est mort le 6 janvier 2017.
Déclaré malade par les équipes du parc depuis mars 2016, il a passé presque toute une année à lutter contre une infection des poumons, d’origine bactérienne, (d’après les équipes du parc) avant de s’éteindre, loin des siens, dans sa prison de béton.
Tilly a été capturé dans les eaux islandaises à l’âge de 2 ans, arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’un bébé. C’est plus de 30 longues années qu’il aura passé au sein de différents parcs, la captivité et les mauvais traitements le rendant psychotique. Il fut placé à l’isolement sous camisole chimique après avoir tué et démembré sa dresseuse.
Toute la presse a relayé la nouvelle de la mort de l’orque.
Quelques exemples :
Le Huffington Post
Le Monde
Libération
Le Parisien
L’Obs – Temps Réel

L’existence misérable de Tilikum est contée dans le documentaire Blackfish, primé à Sundance en 2013. Ce documentaire de Gabriela Cowperthwaite a attiré l’attention de l’opinion public sur les conditions de détentions de cétacés dans les parcs, et a été le point de départ d’un raz de marée qui ne cesse de croître et de submerger ce business autrefois lucratif.
La mort de cette figure emblématique a relancé plus que jamais le débat sur la captivité des cétacés, et sur leurs conditions de détention.

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3 réflexions sur “Jon Kershaw (Marineland d’Antibes) face à un média de la protection animale

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