Les orques du SeaWorld de San Diego : le triomphe de l’instinct de chasse sur la captivité

Depuis quelques jours, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux, montrant une orque captive dans un bassin attrapant des oiseaux en les attirant avec du poisson.

L’orque en question, c’est Kalia, qui est née et détenue au SeaWorld de San Diego.
Kalia est une fille de Kasatka, elle-même capturée très jeune en Islande.  Les agressions de Kasatka sur ses dresseurs sont racontées dans le documentaire Blackfish, et notamment celle de 2006, où elle entraina et maintint à plusieurs reprises son dresseur, Ken Peters, sous l’eau, sans pour autant le tuer.
A la vue de ces images, on est saisi par le sentiment que l’orque a voulu faire passer un message à son dresseur. En effet, la scène dure de longues minutes, et le fait de maintenir une proie sous l’eau est un comportement parfaitement maîtrisé lors de la chasse, et non un comportement accidentel ou anecdotique comme l’a prétendu notamment Jon Kershaw, directeur animalier et porte-parole du Marineland d’Antibes.

Kasatka entrainant Ken Peters sous l’eau, en plein spectacle

Sur les vidéos de Kalia chassant les oiseaux, on la voit s’approcher d’eux en feignant l’indifférence, avec lenteur, jeter des poissons sur les rebords du bassin, et attendre que les oiseaux s’approchent. Avec patience, persévérance, réflexion et, semble-t-il, un certain amusement. Une fois l’oiseau attrapé, elle adopte un comportement de chasse typique des orques sauvages, en entrainant sa proie sous l’eau pour la noyer. Après quoi, elle partage sa prise avec ses compagnons de bassin, dans l’enthousiasme général.
Ce qui est frappant, c’est l’ingéniosité dont fait preuve cette orque, pourtant née en captivité et donc n’ayant jamais appris de son pod comment chasser sa nourriture.
Pour attirer les oiseaux, elle sacrifie une partie de sa ration de poisson, sans pourtant être sûre de la réussite de l’entreprise.
Ce stratagème, qu’elle répète régulièrement et avec succès comme le montre cette vidéo, nous prouve une fois de plus l’extrême intelligence des orques, puisqu’ils sont capables d’élaborer des stratégies de chasse, en les inventant totalement, à partir d’observation de leur environnement, et l’évaluation des ressources à leur disposition.
Tout comme l’homme élabora ses premières techniques de chasses, en poussant des troupeaux dans des ravins, ou en allumant des feux pour les rabattre, en construisant des pièges sur les lieux de passage habituels des animaux, etc…

L’autre aspect marquant de cette vidéo est que l’animal, déjà rationné en poisson comme tous les animaux de spectacles (sans faim, pas d’obéissance aux ordres), prend tout de même le risque de voir l’oiseau repartir sain et sauf avec le poisson. La jouissance d’attraper sa proie est bien plus forte que celle d’avaler un poisson mort, ce qui nous rappelle bien que l’orque est avant tout un prédateur, et le prédateur des océans par excellence, contrairement à l’image que les parcs aquatiques s’efforcent de lui donner : un gros nounours affectueux et toujours joyeux.
Cela nous rappelle également que les sources d’amusement et les stimulations sont rares dans l’environnement stérile qu’est un bassin de béton, alors que la grande intelligence des cétacés a cruellement besoin des stimulations que représente la vie sauvage.

Kasatka, Kalia et Orkid – source photo freeorque.free.fr

Une autre vidéo circulant sur internet est également intéressante : en février 2008, au même SeaWorld de San Diego, les orques (la famille de Kalia donc) attrapèrent un pélican vivant qui avait eu la malchance de voler trop près du bassin, en plein milieu du spectacle « Believe ».

L’attaque

Les orques se sont regroupées autour du pélican qu’elles ont mis en pièce, se désintéressant totalement de leurs dresseurs et mettant fin au spectacle. Sur la vidéo, on voit les dresseurs catastrophés et visiblement perdus sur la conduite à tenir, essayant désespérément d’attirer l’attention des orques à grands coups de sifflets et de claques sur l’eau.

Les dresseurs tentent d’attirer l’attention des orques regroupées autour de leur proie

Ils finissent par réussir à sortir les orques du bassin de spectacle, à récupérer les morceaux épars du pélican, puis par quitter le bassin, sans un regard ou un salut pour le public. Une courte séquence à la fin de la vidéo montre l’équipe, visiblement encore sous le choc, débriefant l’évènement.

Les dresseurs réussissent à capter l’attention des orques et à les faire sortir du bassin de spectacle, dans une ambiance très fébrile

La sortie, moins fière que d’ordinaire, des dresseurs

Leur réaction, visiblement paniquée, soulève une question cruciale : comment est-ce que le fait d’essayer d’arrêter et de camoufler un acte de prédation, qui fait parti de la nature intrinsèque de l’orque, pourrait être compatible avec le rôle qu’ils prétendent se donner, à savoir éduquer le public sur les animaux qu’ils détiennent dans leurs parcs ?

Pourquoi est-ce que le staff du parc n’a pas saisi cette si rare et spectaculaire occasion, qui semble de plus favorablement impressionner le public, pour saisir un micro et commenter la scène ? Pour rappeler que l’orque est l’un des plus grands prédateurs des océans, sinon le plus grand ? Pourquoi a-t-il été catastrophé par cet évènement au point de tout faire pour empêcher les orques de mettre en pièce leur proie et de les éloigner du bassin, mettant fin définitivement au spectacle ?

La réponse est simple : les parcs ne veulent pas que vous sachiez la vérité. Ils ne veulent pas que vous pensiez que les animaux puissent préférer se partager à quatre un petit pélican plutôt que d’écouter leurs dresseurs soi-disant adorés et participer à ce spectacle où ils s’amuseraient tant, selon ce que les parcs tentent de faire croire au public.

Ils ne veulent pas que vous vous rappeliez que l’orque est un prédateur redoutable, capable de parcourir une centaines de kilomètres par jour à des vitesse de 60 kilomètres/heure, et d’élaborer des stratégies de chasse complexes et redoutablement efficaces.

Ils veulent que vous pensiez qu’un animal façonné par des milliards d’années d’évolution, pour en faire un prédateur capable de chasser des grands requins blancs, des calamars géants ou des baleines, peut être heureux en se contentant de faire des pirouettes dans un bassin pour obtenir une maigre ration de poisson décongelé.

source photo http://tnregneanimal.tableau-noir.net

L’orque est un prédateur redoutable, carnivore opportuniste, et suivant les types de populations et leur environnement, ils chassent et mangent poissons, phoques, calamars, oiseaux, requins, et baleines, se transmettant les techniques de chasse de générations en générations.

Se souvenir de ce qu’est la nature même de l’orque serait se souvenir qu’un tel animal ne pourra jamais être heureux dans un bassin, sans pouvoir exprimer ses instincts de prédation.

Cette manifestation d’un très fort instinct de chasseur offre un regard très optimiste sur la réhabilitation des orques, y compris celles nées en captivité, comme exprimé par Pierre Robert de Latour, spécialiste français de l’observation et de l’interaction avec les orques sauvages, dans un précédent article.

C’est cet instinct plus fort que la captivité elle-même, si abrutissantes et anxiogènes que soient les conditions de détention des cétacés, qui sonnera le glas des parcs aquatiques tels que nous les connaissons aujourd’hui, avec ces spectacles annihilant la condition de prédateurs des cétacés, sous couvert d’une prétendue éducation du publique.
« Education » entièrement basée sur des affirmations et des principes hypocritement faux.

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5 réflexions sur “Les orques du SeaWorld de San Diego : le triomphe de l’instinct de chasse sur la captivité

  1. D’après John Hargrove (Beneath the surface), les dresseurs de SW laissent couramment leurs orques attraper des mouettes ou d’autres oiseaux marins en dehors des spectacles, car cela les détend. Certaines orques s’amusent à dépouiller l’oiseau de toute sa chair, sauf les ailes qu’ils laissent attachées au squelette.

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    1. Info intéressante (faut vraiment que je me plonge dans son livre sans attendre la traduction française :p) encore une fois, on voit bien que les dresseurs ne sont pas les premiers à blâmer de manière générale.

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